• grands moments de solitude 180 (tome 2)

     

                                           Amsterdam

     

             A l’époque de Pubnou,* Pasqua régnant en maître sur la presse dite « de charme » taxait outrageusement les photos de couvertures, ce qui mit en faillite nombre de nos fournisseurs. Dès lors, la Française nue n’étant plus dans nos prix, force nous fut de taper dans la belle étrangère, voire la nymphe exotique. Nous prîmes donc contact avec des entreprises allemandes et néerlandaises où l’image érotique était en vente libre, et le patron nous dépêcha sur place, la maquettiste et moi, afin de faire le tri dans les milliers d’ektas que l’on nous proposait.

             Comme cette mission requerrait un membre supplémentaire, Sylvain s’offrit à nous accompagner. Bref, ce fut un bien curieux trio qui débarqua ce jour-là à Amsterdam. Coincé entre Greta, immense sexagénaire au look de walkyrie et à l’accent teuton, et Gudule, petite Belge frisottée en salopette Oshkosh, Sylvain, d’un naturel plutôt discret, ne passa pas inaperçu : Greta dévalisait les coffee shops, moi les marchés aux puces, et lui-même trimballait dans deux attaché-case, un nombre impressionnant de diapos sexys.

             C’est dans cet équipage que nous regagnâmesParis.

             Perso, vu le matos que nous transbahutions, je flippais un peu, à l’aéroport. Mais l’ambiance d’alors était au laxisme et, comme mes compagnons de voyage ne stressaient point, je rengainai mes inquiétudes pour me concentrer sur mon acquisition : un Arlequin de dentelle entièrement animé (œuvre d’une artiste locale), que j’assis sur mes genoux et dont j’actionnai le mécanisme, au grand amusement des autres passagers.

             Nous passâmes la douane sans le moindre pépin et, une fois à Paris :

             — T’as pas eu la trouille avec ton chichon ? demandai-je à Greta.
             Elle secoua négativement la tête.

             — C’est vrai qu’à ton âge, qui te soupçonnerait ?

             — Ce n’est pas ça, mais je n’avais rien sur moi.

             — Ben c’était où, alors ?

             — Dans l’Arlequin.

             — QUOI ?

             — Pendant l’embarquement, j’ai retiré son chapeau et tout mis dans son crâne : il y avait juste la place.

             Je crus que j’allais l’étrangler.

             — Tu m’as fait prendre des risques pareils sans m’avertir ? T’es inconsciente ou quoi ? Et si les flics m’avaient fouillée ?

             — Ça n’a pas été le cas, alors de quoi te plains-tu ? « Aux innocents les mains pleines », comme on dit. En ne t’avertissant pas, je t’ai protégée, ma vieille. Tu imagines ta tête, si tu avais su ? Ç’aurait été un coup à te faire gauler, ça!

             Ouaip, à la réflexion, j’aurais dû l’étrangler.

           

            * (voir chapitre 133 et 176 du présent recueil)

     

     

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  • Commentaires

    1
    Pata
    Mercredi 16 Décembre 2015 à 12:50

    Re-Greta-ble ce comportement, venant de la part d'une amie...

    Heureusement qu'il n'y a pas eu de conséquences !

    2
    Jeudi 17 Décembre 2015 à 08:37

    Pour les aventures idiotes, on peut faire confiance à Gudule^^

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