• grands moments de solitude 159 (tome 2)

     

                              L'insondable profondeur des ressources humaines

     

             Les Grands moments de solitude ont pour point de départ une rubrique de Fred Neidhardt intitulée Les boules de ma vie, parue brièvement dans la revue Psikopat. L’auteur y présentait, sous forme d’interviews imaginaires, des gaffes hilarantes qui durent éveiller maints souvenirs de honte dans la mémoire de ses lecteurs. La mienne en faisait partie, saturée qu’elle était de toutes les bourdes, boulettes, bévues, et balourdises commises durant mes quatre décennies d’existence. J’entrepris donc de les raconter sous le titre générique de Moments atroces, et, quand s’arrêtèrent Les boules de ma vie, mes anecdotes perso prirent la relève. Elles suscitèrent une telle émulation que j’eus envie d’en faire un recueil. Si tout le monde s’y mettait, autant en profiter ! Nous avions là une source intarissable de témoignages, à la fois drôles, originaux et authentiques ; y avait qu’à se baisser pour les ramasser.

             Que je croyais.

             Hélas, je me trompais. Car une fois épuisé le répertoire classique (du genre : le lecteur de journal qui fonce dans le réverbère ou le mari trompé qui rentre à l’improviste), le flux s’arrêta de lui-même. Devant la pénurie de récits spontanés, je me tournai vers les professionnels. Mais, hélas, peu d’entre eux se montrèrent intéressés. Les rares textes que je reçus ne suffisant pas à remplir un livre, force me fut d’y inclure mes propres souvenirs, ce qui en dénatura l’esprit communautaire.

             L’éditeur auquel, dès sa conception, j’avais soumis le projet, ne s’y trompa guère.

             ­— Pourquoi ne renonces-tu pas au concept de collectif ? me demanda-t-il. Ton bouquin, écris-le toute seule !

             — Et où veux-tu que j’aille chercher la matière ? Je n’ai pas trois cents pages de conneries à mon actif ! 

             — Bien sûr que si : tu en as déjà raconté une bonne cinquantaine, et vu comme t’es partie, ça ne cessera pas de sitôt !

             Il avait raison, ça ne cessa pas. L’insondable profondeur des ressources humaines donne le vertige.

     

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  • Commentaires

    1
    Yunette
    Dimanche 15 Novembre 2015 à 11:19
    C'est pas des conneries ! Non mais !
      • Dimanche 15 Novembre 2015 à 16:06

        Huhuhu ! En fait, les conneries avoisinent les 600 pages, en deux volumes.

    2
    Pata
    Lundi 16 Novembre 2015 à 13:00

    Dérision et mémoire, voilà ce qui manque aux moldus des moments de solitude pour se souvenir des moments de leur où ça a un peu dérapé :)

    3
    Lundi 16 Novembre 2015 à 16:33

    La grande lucidité de Gudule ! Un de ses textes les plus marrants.

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