• grands moments de solitude 158 (tome 2)

     

                                     La vie est un petit cinéma de quartier

     

             Ma première réaction, quand Sylvain s’éteignit, fut de vider ma maison de toute trace de médocs. Il y en avait des dizaines de boîtes que j’entassai pêle-mêle dans un grand sac plastique et remis aux infirmières, de service cette nuit-là.

             — Je ne veux plus voir ça, leur dis-je — ce qu’elles comprirent.

             Ma deuxième réaction fut de chasser de mon esprit le décor récurrent de mes cauchemars : couloirs d’hôpital, ascenseurs, salles d’attente, urgences, box d’IRM, de scanner, de radiothérapie ; et même la machine à café de l’accueil, qui faisait, pour vingt centimes, des capuccinos si crémeux. Il me semblait urgent de rendre à mes nuits leur virginité en les débarrassant de l’univers médical qui, depuis tant d’années, me happait à chaque fois que je fermais les yeux.

             Ma troisième réaction fut d’effacer Albi de ma carte mentale : cette ville n’existait pas, elle n’avait jamais existé, et je n’y avais pas déambulé pendant des heures, en relisant Voltaire pour que le temps passe plus vite, pendant que Sylvain était au bloc ou en chimio.

             Ce grand ménage accompli, je pus enfin respirer, mais mon soulagement fut de courte durée. Trois mois plus tard, je déclarais à mon tour un cancer, et la ronde infernale recommença de plus belle. J’eus droit aux mêmes symptômes, aux mêmes médecins, aux mêmes traitements (dont je connaissais déjà les effets ravageurs), aux mêmes pronostics exagérément optimistes. Bref, je me farcis le film pour la seconde fois, comme dans les cinémas permanents de mon enfance, où la séance passait en boucle.

             Déjà, à l’époque, je n’aimais pas ça. Une certaine lassitude me saisissait à mi-rediff, ; je profitais des séquences qui m’avaient ennuyée à la première vision pour aller faire pipi. Seules les scènes d’amour me motivaient, en fait. Elles, je ne m’en lassais pas, et, toutes répétitives qu’elles fussent, j’en redemandais.

             Comme dans la vie réelle, quoi.

            

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  • Commentaires

    1
    Yunette
    Dimanche 15 Novembre 2015 à 11:18
    L'amour, moteur inépuisable :)
    2
    Pata
    Lundi 16 Novembre 2015 à 13:01

    Salauds de cycles de vie !

    3
    Lundi 16 Novembre 2015 à 16:16

    Les séquences ennuyeuses et répétitives avaient envoyé Gudule faire pipi. Ce coup-ci, elles nous ont carrément fait chier.

    Sauf les scènes d'amour qui se sont répétitivées à l'envi. Et l'envi ne nous a pas manqué.

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