• GRANDS MOMENTS DE SOLITUDE 111

    Rien à déclarer

       Fin des années 80. Après une fugue amoureuse en Belgique — où il avait, entre autres,  rendu visite à mes parents —, Olivier rentre à Paris avec Brigitte, sa dulcinée.

             — Bonne-maman m’a remis un paquet pour toi, m’annonce-t-il, en extirpant de ses bagages une chose immonde, collante, entrortillée à la va-comme-j’te-pousse dans ce qui avait dû être un emballage cadeau. Désolé pour l’apparence, mais on a eu un p’tit problème à la frontière.

             Et il me raconte ce qui suit.

           Vu leur dégaine et celle de leur véhicule, les douaniers français ont fouillé leurs bagages. Et qu’y ont-ils trouvé ? Une denrée protégée par du papier alu, ayant le format, le poids et la texture exacte d’un pain de shit.

             — C’est quoi, ça ? ont-ils triomphé.

             — Du massepain pour ma mère, a répondu Olivier.

             Tout en ricanant (Ah, ah, ah, ce petit trou du cul nous prend vraiment pour des billes !), les hommes de l’art, convaincus d’être tombés sur une belle prise, ont déballé le corps du délit. Hélas, après l’avoir malaxé, trituré et découpé dans tous les sens, force leur fut de se rendre à l’évidence : il s’agissait bien d’une honnête friandise.

             — Tu aurais vu leur déception ! pouffe Olivier. J’ai cru qu’ils allaient se mettre à pleurer.

             — Ce qui ne les a pas empêchés de nous foutre à poil pour une « visite » approfondie, ajoute Brigitte en mimant clairement la formalité.

             On se console comme on peut...

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  • Commentaires

    1
    Samedi 7 Avril 2012 à 08:11
    benoît barvin
    Défaitiste Soeur! N'as-tu pas honte de rapporter la médiocrité de nos ex amis douaniers, alors que la TNT n'arrête pas de nous les montrer en sympathiques héros? Tiens, moi aussi j'ai une anecdote. Dans les années... heu... 80, avec mes potes, on va en Belgique acheter... heu, comme d'hab'... des bouquins. On revient avec le coffre plein. Les douaniers nous arrêtent, fouillent, et un petit bleu s'excite. Il a trouvé quelque chose! L'objet du délit: un de mes petits fanzines, fait d'une page A4 pliée en... heu... 4, sur laquelle il y a des dessins - les miens - et des commentaires, déjà ironiques. Comble de l'horreur, beaucoup de ces crobards sont des femmes nues! Le poste entier jubile... jusqu'à ce qu'un gradé, dégoûté, comprenne qu'il n'a pas à faire à d'immondes pornographes, mais de banals dessineux, sortis depuis peu de l'enfance. Nous n'avons pas été fouillés au corps, nous, nos amis costumés ayant certainement peur qu'on les prenne, à notre tour, pour des obsédés?
    2
    Samedi 7 Avril 2012 à 14:45
    castor tillon
    Ç'aurait été marrant de se planquer du massepain dans le fondement... juste pour voir les douaniers pleurer pour de bon.
    Bon, tu m'avais prévenu, hein, j'ai commandé quelques zygomatiques sur Amazon. J'en fais décidément une grande consommation ici.
    3
    Samedi 7 Avril 2012 à 17:10
    miraucourt
    C'est vrai, une anecdote en amène une autre. A l'époque, j'étais directeur de colo, près de la frontière suisse. Leur jour de congé, plusieurs animateurs veulent passer de l'autre côté de la fontière, mais ça fait un petit bout de marche. J'ai bien un véhicule de fonction mais il n'y a que 2 places. Qu'à cela ne tienne, deux d'entre eux iront dans le coffre, je m'arrêterai près de la frontière qu'ils passeront à pied puis je les récupérerai de l'autre côté.
    On fait comme on a dit, je les attends un peu plus loin. Personne pendant un long moment. Finalement ils arriveront. Eux-aussi ont été fouillé car les douaniers se demandaient ce que deux jeunes faisaient à pied (et puis ils avaient le look baba cool d'anims) et les douaniers avaient du mal à croire qu'ils n'aient pas de substance qui fait rigoler.
    4
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:47
    gudule
    Ainsi, par la magie de la chose écrite, une anecdote en amène-t-elle une autre, et ainsi de suite... Ah, cher frère, quelle joie en mon cœur à lire vos mésaventures, à la fois si proches et si différentes de celles de mon lardon. Veuille le Ciel que mes Solitudes titillent ainsi les mémoires de ceux qui les lisent, pour en extirper la substentifique moëlle ! Et que tous nos souvenirs se prennent par la main pour une ronde autour du monde, amen.
    5
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:47
    gudule
    Oui mais bon, t'y as pensé, au consommateur de massepain, hein ? T'y as pensé ?
    6
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:47
    gudule
    Faudrait peut-être faire un bouquin rien que sur les douanier-au-gant-de-velours. Il y en aurait, des petites histoires savoureuses ! On a eu tort d'abolir les frontières, finalement : c'était un excellent sujet de rigolade. Remarque, il reste la douane volante...
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