• GRANDS MOMENTS DE SOLITUDE 109

    Chapeau !

       C’était à Bruxelles, au mariage du roi Baudouin. J’étais dans la foule massée autour de Sainte Gudule, avec mes parents, ma tante Ida et mon oncle Doudou. Cet oncle, personnage haut en couleur, se qualifiait lui-même « d’ancien Belge » (prélude systématique à la phrase fameuse de Jules César, dont il se gargarisait à l’envi : De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves). Chez lui, cette ancienne-belgitude se traduisait surtout par un patriotisme exacerbé.

             Une fois son union bénie, le couple royal paraît sur le parvis de la cathédrale. La foule en délire crie : « Vive le roi ! Vive la reine ! ». Oncle Doudou hurle plus fort que tous les autres quand, soudain, sa voix se coince dans sa gorge. Il vient d’apercevoir un chapeau, planté sur une tête à quelques mètres de lui. Fendant la cohue à coups de coude, il le fait sauter d’un revers de main en tonitruant :

             — On se découvre devant le roi, monsieur !

             Puis, nous prenant fièrement à témoin :

             — Vous avez vu comment je l’ai mouché, ce goujat ?

             J’ai eu tellement honte que j’ai fait semblant de ne pas le connaître. 
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  • Commentaires

    1
    Jeudi 5 Avril 2012 à 08:27
    benoît barvin
    Désolée, Chère Soeur, mais moi qui ironise, dans les pages de "Tu Quoque", sur les chapeaux et autres galurins (on a les cibles qu'on peut), ton histoire m'a fait rire...
    Je ne sais pas pourquoi, mais elle m'a rappelé "Un taxi pour Toubrouk". A la fin de l'histoire, Charles Aznavour (je crois, j'ai vu le film y a longtemps...), Charlie, donc, assiste au défilé de la victoire. Il se voit hélé par un quidam car il ne manifeste pas sa joie bruyamment. Or l'individu ne sait pas que le pauvre Charlie, avec son fameux "taxi", a vu tous ses potes mourir et qu'il est le seul survivant... Un bon film antimilitariste... Heu, c'était ma minute culculturelle...
    2
    Vendredi 6 Avril 2012 à 00:13
    castor tillon
    En 1960, le geste paraît peut-être moins décalé, mais l'anecdote est comique. A cette époque-là (j'avais neuf ans), j'avais fait rire mon père en parlant - je n'avais pas bien capté le nom - du roi Bédoin.
    Tonton Doudou m'en aurait collé une.
    3
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:47
    gudule
    Mais si cela vous a fait rire, cher frère, c'était le but du jeu. Béni soit oncle Doudou du fond de ses limbes célestes, d'avoir fait naître un peu de joie en ce bas monde. Amen.
    4
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:47
    gudule
    Et Guéant t'aurait voué aux gémonies !
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