• grand moment de solitude 21 (tome 2)

                                                   Leçon de dignité

     

       Sur le quai du métro Châtelet, où je passais deux fois par jour pour aller et revenir du boulot, s’était installé un groupe de clodos. Ils y vivaient peinardement, faisant la manche, dormant, bouffant et picolant sans souci des vigiles de la RATP, plus cools en ce temps-là qu’aujourd’hui.

        Parmi eux, il y avait une femme qu’en mon for intérieur je surnommais Pépette. Quel personnage, grands dieux ! Une petite vieille d’au moins soixante-quinze ans, habillée en fillette. Couettes attachées par des chouchous de couleurs différentes selon les jours de la semaine, jupette plissée laissant voir ses gros genoux cagneux, chaussettes blanches, tennis... Et pimpante, avec ça ! Toujours propre, toujours tirée à quatre épingles ! Bref, elle me fascinait. J’en étais arrivée à la guetter bi-quotidiennement parmi la foule, et à être toute frustrée quand, par malheur, je la loupais.

        Un jour, n’y tenant plus, je descends de la rame et me dirige vers elle, dans l’espoir d’engager la conversation — ou, au moins, de lui exprimer ma sympathie. Elle me regarde approcher d’un air méfiant ; je lui souris avec une bienveillance un peu lourdingue. Alors elle me tire la langue, puis court rejoindre ses potes en sautillant.

        Ça, c’est de la dignité ou je ne m’appelle plus Gudule !

       

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