• grand moment de solitude 20 (tome 2)

                                                Problème existentiel

     

        Je devais avoir huit ou neuf ans quand une grave question me préoccupa : qu’est-ce qui était préférable, la richesse ou l’amour ? 

          Jusque là, tout était limpide. L’amour, dans les contes de fées, est la valeur suprême ; c’était donc la mienne, par voie de conséquence. Or, dans une BD dont je raffolais (l’adaptation, en sépia et blanc, de contes persans du plus pur style hollywoodien), la belle Aïcha se trouvait face à un dilemme. Un émir et un bandit de grands chemins se disputaient ses faveurs. L’émir était moche mais lui offrait tout ce dont elle pouvait rêver : palais, bijoux, esclaves, jardins débordant des fleurs les plus rares, écuries remplies de pur-sang fougueux. Le bandit, en revanche, faisait battre son cœur...

          Qui aurais-je élu, moi, à la place d’Aïcha ? Le barbon bourré aux as ou le séduisant gredin ? Impossible de me décider : tantôt je penchais pour l’un, tantôt je penchais pour l’autre. Après mûre réflexion, je demandai conseil à ma cousine Francette, de sept ans mon aînée.

          — L’émir, répondit-elle sans hésiter.

          Et de développer, avec force arguments, les raisons de son choix. Une existence dorée était, selon elle, mille fois préférable à une vie de misère, fut-ce dans les bras d’un beau brigand.

          — L’amour passe, le fric reste, conclut-elle. Et puis, tu imagines ? Tes enfants seront des princes, pas des va-nu-pieds !

        J’avoue avoir été bluffée par son bon sens. C’était quelqu’un, ma cousine !

        — Bon, d’accord, je vais épouser l’émir, finis-je par admettre. Mais je le regretterai peut-être...

        — Ça m’étonnerait. Tu sais, quand on a goûté au luxe, on ne peut plus s’en passer.

        Elle se trompait. Sitôt mariée, je m’enfuis du palais pour suivre le bandit. Sous mes dehors planplans, faut croire que j’étais une aventurière. En imagination, du moins...

     

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  • Commentaires

    1
    Luna
    Jeudi 9 Avril 2015 à 16:52

    Le fric reste, le fric reste... faut le dire vite. Si on ne s'en sert pas, certes, il reste, mais où est l'intérêt, du coup ?

    Moi je ne vote ni pour l'argent ni pour l'amour, mais pour le frisson. Moche ou beau, riche ou pauvre, je reste avec celui qu'on s'éclate bien ensemble, qu'on fait des trucs de dingues, qu'on ne s'ennuie pas.

    2
    Jeudi 9 Avril 2015 à 22:04

    Ouééé ! Bien dit, Luna ! Perso, je ne me suis jamais ennuyé avec les femmes qui ont partagé ma vie, huhu !

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