• grand moment de solitude 17 (tome 2)

                                                            Kangourou

             Bon, il y eut quand même une petite compensation :  nous prîmes l’habitude de passer nos dimanches après-midi à Zouk. C’est dans le patio aux citronniers que Frédéric découvrit les joies du tricycle et qu’Olivier usa ses langes à cavaler sur son derrière.

             Au cours d’un de ces dimanches familiaux, tandis que nous prenons le thé au salon, Frédéric, qui joue dehors, pousse un cri :

             — Manman, viens voir ! Quelqu’un a jeté un machin rouge au-dessus du mur !

             On se précipite ; parmi les bambous « le machin rouge » palpite...

             C’est un chaton couvert de sang. 

             Le cœur au bord des lèvres, je me penche sur lui. Il a les deux pattes avant déchiquetées. Comment ? Nous nous perdons en conjectures. Est-ce l’œuvre d’un chasseur ? De gamins cruels ? Ou un accident (ce dont nous doutons) ? Bref, la pauvre bête souffre le martyre, et lorsque Francine, la compagne de Claude, tente de le soigner, il se débat avec des cris horribles. Puis rampe jusqu’à un trou dans le mur, où il se tapit.

             De l’avis général, mieux vaut le laisser tranquille.

             On lui glisse de l’eau, un peu de nourriture dans laquelle Francine incorpore, par précaution, du sirop antibiotique, et le temps passe. A chacune de nos visites, nous nous informons de l’état du blessé. Il mange, lèche ses plaies, et, en tout état de cause, se rétablit lentement.

             Et puis un jour, miracle ! Nous voyons surgir une petite tête rousse à l’orée du refuge. Deux yeux inquiets scrutent le patio. Nous arrêtons de respirer, même les enfants... Rassuré par notre immobilité, le chaton s’extirpe à l’air libre et fait quelques pas dans notre direction. Je devrais plutôt dire « quelques bonds », car il saute sur ses pattes arrière, en tendant devant lui ses petits moignons roses.

             — On dirait un kangourou, s’esclaffe Alex.

             Le nom lui restera — bien que « Kangouroute » eut mieux convenu, car le chat mutilé est une chatte.

             Cette chatte, par la suite, s’avéra très féconde. Et voleuse comme pas deux. Que de fois mon frère l’a vue revenir de chasse, serrant dans sa gueule une portion de fromage, une merguez, voire un demi poulet, piqués chez les voisins ! En bonne mère, elle posait son trophée devant ses rejetons et veillait férocement sur leur repas. Malheur à qui eut tenté de s’approcher : si Kangourou ne possédait plus de griffes, elle avait des dents et savait s’en servir ! 

     

     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 26 Mars 2015 à 08:52

    Notons qu'elle ne chassait pas le chocolat !

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