• grand moment de solitude 11 (tome 2)

                                                           La voyageuse

     

        Il m’arrivait souvent, quand Mélanie avait trois ou quatre ans, de l’emmener avec moi visiter mes parents. Nous prenions le train à la gare du Nord, pour quelque six heures de trajet. Par respect pour les autres voyageurs — car les babillages des tout-petits peuvent gêner certaines personnes —, nous cherchions toujours un compartiment vide ou peu occupé.

          Dans celui que nous choisissons, ce jour-là, il n’y a qu’une jeune femme qui lit le journal. Je la salue sans la voir, m’assieds en face d’elle, installe ma fille avec sa réserve de bonbons et ses crayons de couleur, puis le train démarre. Un moment plus tard, notre compagne de voyage, ayant terminé sa lecture, abaisse son journal, et là... là...

          Le choc. Elle est défigurée au dernier degré. Pas de nez, pas de lèvres, un œil sans paupière, l’autre aux trois-quarts fermé ; une vision de cauchemar.

          Tandis que je m’efforce de garder mon sang-froid, des pensées se bousculent dans ma tête : « Au secours, je ne peux pas faire six cents bornes dans ces conditions », «  Mais je ne peux pas non plus me lever et partir, ce serait ignoble », et surtout : « Comment va réagir Mélanie ? ». Je la regarde en douce ; absorbée par son dessin, elle n’a rien remarqué.

          — Euh... ma fille ne vous dérange pas ? demandé-je à la dame (dans l’espoir qu’elle acquiesce, pour que je puisse m’éclipser.

          — Non, répond-elle aimablement. J’adore les enfants.

          Puisque la glace est rompue, nous commençons à discuter. Elle me parle de son accident, de ses opérations multiples ; c’est très intéressant. Et mes réticences fondent comme neige au soleil. Pire : en mon for intérieur, j’en ai honte. D’autant qu’elle est vraiment sympa.

          Mélanie, quant à elle, n’a fait aucune réflexion. Elle s’est comportée envers la voyageuse avec un naturel qui m’a bluffée. Elle lui a même offert un bonbon. Finalement, les enfants, c’est moins con qu’on ne le croit.

    « grand moment de solitude 10 (tome 2)grand moment de solitude 12 (tome 2) »

  • Commentaires

    1
    Samedi 28 Février 2015 à 14:37
    Tororo

    Un bisou pour Mélanie!

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :