• FOLLE D'AMOUR

    Chapitre 10

      Résumé des chapitres précédents : Après la prestation éblouissante de Boris, Charlie et Nora vont le voir dans sa loge.

     

             Boris n'a pas la grosse tête, malgré son succès (ou alors, il joue la comédie, ce qui, dans son cas, ne serait que moyennement surprenant). Charlie semble le brancher. Lorsqu'ils se séparent, satisfaits l'un de l'autre, il est deux heures du mat' et Nora somnole sur un coin de table. À force de s'effacer, elle a fini par disparaître en elle-même, tout au fond.

             Et rêve.

             De l'accident.

             Son cauchemar recurrent depuis bientôt vingt ans. Ce choc rouge l'explosant de la tête aux pieds, cette stridence de fin du monde. Ce lac de lave. Dont elle avait émergé, après un coma de cinq jours, prisonnière d'une carapace de plâtre.

             S'il est des degrés dans l'horreur, celui-là tient le haut du pavé. Jaillir du néant pour se retrouver prise au piège dans le corps d'une statue est l'expérience la plus atroce qui soit. Nora avait hurlé, hurlé, à s'en péter les cordes vocales, ce qui s'était traduit, dans la réalité, par un faible gémissement. Les grandes terreurs sont muettes ou presque.

             Charlie était à son chevet. Il avait posé la main sur la sienne qui seule émergeait, souple et vivante, de la gangue minérale. Une main d'enfant pas très propre, aux doigts froids. Nora s'y était agrippée. Avait cisaillé la chair de ses ongles. Charlie, les phalanges à vif, était resté stoïque. Le sourire figé, les yeux pleins de larmes, il s'était contenté de chuchoter son nom.

             — Nora... chuchote Charlie.

             — Mmmm...

             — Allez, viens, on rentre !

             En zombi, elle gagne la voiture, se laisse tomber sur le siège, s'enroule autour d'elle-même pour préserver un semblant de confort, et resombre.

             La 4L démarre, sort d'Auxerre, prend la direction du village. Une chape d'obscurité écrase les champs. Le double faisceau des phares dissipe avec peine la lourde nuit rurale. Au volant, Charlie, tout guilleret, sifflote.

             — T'as passé une bonne soirée ? bredouille Nora entre deux bâillements.

             — Excellente ! Ça te dirait de monter à Paris un de ces quatre ?

             Elle n'en sait rien, elle pionce.

             Il la regarde, sent une tendresse sourdre en lui. Elle a dû s'emmerder, pauvre choute. On en reparlera demain. Dans un instant, ils seront arrivés. Il la sortira tout doucement de la voiture, la guidera jusqu'à leur chambre, la déshabillera. La mettra au lit avec des gestes de quasi-mère. S'en souviendra-t-elle au réveil ? Sûrement non. Ni du baiser qu'il aura chastement posé sur ses paupières. Ni de ce formidable contentement qui l'habite, lui, et  qu'il savourera par petites goulées, couché à côté d'elle, insomniaque et hilare.

                                                                                                                                 (A suivre)

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  • Commentaires

    1
    Lundi 18 Février 2013 à 15:30
    Castor tillon
    ♥♥♥
    2
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:37
    gudule
    Youhou, Castor ! Alors, ces vacances ?
    3
    Pata l
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:37
    Pata															l
    Ancienne femme plâtre, pas étonnant qu'elle aie choisi, un clown, pour mettre un peu de couleurs dans cette vie qui s'est extirpée du blanc !
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