• FOLLE D'AMOUR

    Chapitre 85

     Résumé des chapitres précédents : Pendant que son mari, de plus en plus inquiet, essaie en vain de la joindre, Nora se rend à Chevaleret où elle griffonne un petit mot qu’elle planque dans la serrure : « Ne te bile pas pour moi mon chéri c’est bon la liberté je t’aime. »

     

             — Allo, Anne ? C'est Charlie.

             — Bonsoir, Charlie. Quoi de neuf ?

             — Rien de spécial, peux-tu me passer Nora, s'il te plaît ?

             — Nora ? Elle n'est pas ici.

             — Comment ?

             — Je l'ai entraperçue hier matin, en coup de vent. Depuis, plus de nouvelles.

             — C'est impossible, voyons ! Elle m'a dit qu'elle s'installait chez toi.

             Silence ennuyé.

             — Elle t'a dit ça ?

             — Deux jours qu'elle est partie ! Je ne m'en faisais pas, je vous croyais ensemble. Mais ça change tout... Où est-elle ?

             — Comment veux-tu que je le sache ?

             — Tu n'es au courant de rien ?

             — Rien du tout : elle a juste promis de repasser, mais je la connais, tu penses...

             — Et elle n'a pas téléphoné ?

             — Je ne crois pas... Attends, je demande aux enfants. Jean-Baptiste, Nora n'est pas venue en mon absence ? Non.

             — Mais où peut-elle bien être ? Je suis sûr qu'il lui est arrivé quelque chose !

             Anne, apaisante :

             — Calme-toi, il faut tout de suite que tu envisages le pire. Ce n'est pas la première fois qu'elle fait une fugue.

             — Arrête, c'est du passé, ça ! Cinq ans qu'on vit ensemble sans la moindre anicroche.

             — Les toubibs t'ont prévenu : rien n'est jamais gagné, dans son cas. Ses médicaments peuvent la stabiliser, pas la guérir. D'ailleurs, les prend-elle ?

             Silence. Charlie se remémore la petite pilule rose, posée près du verre, dans la salle de bains. Et la bleue, au cours du repas.

             — Oui... enfin, je pense... Pourquoi je l'ai laissée partir, pourquoi ? Elle est peut-être à l'hôpital, à l'heure qu'il est... Ou dans les griffes de je ne sais qui !

             Sa phrase s'achève en un gémissement rauque. 

             — Je vais passer un coup de fil au commissaire du XIVème, dit Anne. C'est un copain. Si j'ai des nouvelles, je t'appelle. Tu as un numéro où on peut te joindre ?

             — Le portable de Boris : 06 60 22 16.

             — Attends, je note.

             — Tu n'as qu'à lui laisser le message. De toute façon, je te resonne dans une demi-heure.

             — D'accord, mais ne te mets pas martel en tête, elle n'a pas forcément replongé. Des femmes très normales ont parfois besoin d'un petit breack...

             — Mais pas elle, Anne, pas elle !

             Il raccroche, traverse le théâtre au pas de course.

             — Je rentre à Chevaleret, crie-t-il à Boris. Nora a disparu, on ne sait pas où elle est. Elle m'attend peut-être là-bas. Si ma belle-sœur appelle...

             — Garde mon portable, tu en auras plus besoin que moi.

             — Merci, je te revaudrai ça.

             Il file. Roule à une allure folle. Risque vingt fois sa vie.

             Au moment d'ouvrir la porte : Tiens qu'est-ce que c'est que ça? Il prend le papier, le défroisse, le lit. S'effondre. Et pleure toute la nuit.

                                                                                        (A suivre)

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 3 Mai 2013 à 07:57
    Benoît Barvin
    Oh que c'est mignon tout plein, de pleurer toute la nuit... Belle page psychologique qui nous en apprend un peu plus sur Nora. On a envie de dire au gentil mari: "Te bile pas, elle est en forme, on l'a suivie et elle n'a pas disjoncté..." Avec tous le respect que je vous dois, Chère Soeur, j'ai envie de dire: "Méchants écrivains qui font subir à leurs personnages des avanies psychologiques de ce genre..."
    2
    Vendredi 3 Mai 2013 à 12:42
    Tororo
    Oui, méchants écrivains! Depuis hier qu'une certaine écrivaine nous a fait lire par le trou de la serrure (en plus, qu'est-ce que c'est que ces manières?) le message de Nora, je me faisais du souci à propos de la façon dont il allait être interprété...
    3
    Dimanche 5 Mai 2013 à 02:14
    Castor tillon
    En tout cas, les poules sont mieux équipées en hi-tech que Charlie. C'est les poules de monsieur Paulot, ça madame.
    4
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:35
    gudule
    Oui mais bon, c'est ça qu'est bon, et il ne faut pas bouder son plaisir, comme disait d'autre. D'ailleurs, cher écrivain trucideur de gonzesses, vous en êtes un autre, si je ne m'abuse...
    5
    Mélongine
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:35
    Mélongine
    Je suis désolée mais je suis un peu perdue... pourquoi Charlie a-t-il besoin du portable de Boris puisqu'il s'en est acheté un ? J'ai raté une étape je crois...
    6
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:35
    gudule
    Excellente réflexion ! Euh... en fait, je crois qu'il est resté dans le poulailler... Et tu sais quoi ? Il a dû l'oublier comme j'avais moi-même oublié qu'il en avait un !
    7
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:35
    gudule
    Ta remarque m'a troublée, Mélongine. Je suis donc retournée voir au chapitre 49 où le téléphone est effectivement planqué dans le poulailler. Du coup, j'ai rajouté une petite phrase au début du chapitre 83, histoire de préciser. Merci de me l'avoir signalé !
    8
    Mélongine
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:35
    Mélongine
    Aaah mais oui, le poulailler... Mais sinon c'est plutôt toi qu'il faudrait remercier de tenir compte de façon aussi sympathique de l'avis d'une lectrice un peu trop distraite !
    9
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:35
    gudule
    Tu sais, il est difficile d'écrire cinq cents pages sans laisser passer quelques incohérences, un oubli, une contradiction... Les personnes qui "savent lire" (qu'ils soient éditeurs ou tout simplement lecteurs) remarquent ces minis-erreurs et rendent service à l'auteur en les lui signalant.
    10
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:35
    gudule
    ça, ce sera répété à qui de droit !
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    11
    Pata l
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:35
    Pata															l
    Voilà une réaction qui flatterait Nora... Elle a besoin de savoir qu'elle existe, surtout quand elle n'est pas là ! Et des larmes, quoi de mieux comme marques de regrets ? Oui, il était bien mis en place, ce mouchoir chargé d'augures !
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