• FOLLE D'AMOUR

    Chapitre 96

      Résumé des chapitres précédents :  Houlà, il y va fort, quand même, Sylvain. Les nazis ? Rien que ça !

     

             Atterrée par ce discours auquel elle ne comprend goutte, Nora tente désespérement d'en placer une :

             — Mais enfin... rame-t-elle. Mais enfin...

             — Mais enfin... quoi ? J'ai tort, peut-être ? 

             — Bien sûr que tu as tort ! Il n'est pas question de rejeter Lulu, il est question de la traiter comme une malade, de la protéger ! 

             — La protéger ? (L'ange s'étouffe) Protéger Lulu ? J'aurai tout entendu. Tu veux donc lui retirer la seule chose qui lui reste ?

             — Quelle chose ?

             — Sa dignité.

             Alors Nora, extirpant le fond de sa pensée en ahanant :

             — Elle n'est plus capable, merde ! Elle peut même plus bouger !

             — Tu as entendu parler des peintres du pied ? Des artistes manchots qui domptent leurs orteils au point de les rendre aussi habiles que des doigts, et produisent des œuvres remarquables ? Eh bien Lulu, c'est pareil : sa survie passe par son boulot. Et elle se débrouillera pour l'exercer, quelle que soit sa condition physique.

             Cette fois, Nora est à bout d'arguments. Sauf un :

             — Mais toi, toi qui l'aimes, comment peux-tu supporter ça ?

             — J'en crève... Mais je le foutrai jamais en cage, cet oiseau-là, jamais ! Surtout s'il ne peut plus voler.

             Le pâtes sont cuites. Sylvain les égoutte, les assaisonne, pose le plat sur la table. Invite Nora à se servir. Sans un mot, elle s'exécute.

             Mais impossible d'avaler une bouchée.

             Elle regarde l'ange. Le regarde. Le regarde. Jusqu'à ce que sa vue se brouille. Quelque chose d'essentiel est en train de vaciller en elle. Ses certitudes, peut-être bien.

             Lui, sourit, très gentil.

             Et l'Éternité leur fond dessus, tandis que les nouilles refroidissent.

                                                                                                (A suivre)

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  • Commentaires

    1
    Mardi 14 Mai 2013 à 07:30
    Benoît Barvin
    Très subtile, ta manière de faire le parallèle entre Nora et Lulu, l'une handicapée du cerveau - je reconnais, ce n'est pas une superbe formule -, et l'autre du corps. Nora comprend peu à peu les subtilités de la vie, via ces petits épisodes qui, mis bout à bout, lui ouvriront l'âme, je n'en doute pas... C'est de la belle ouvrage, sisi, et vous pouvez rougir du compliment, je l'assume (le compliment)...
    2
    Jeudi 16 Mai 2013 à 00:15
    Castor tillon
    J'ai vu dans un reportage un garçon sans bras qui faisait absolument tout avec ses pieds. Quand il jouait aux cartes, il les battait, les classait dans son jeu avec ses orteils absolument comme nous avec nos mains. On me dit quelquefois que je dessine comme un pied, du coup je ne sais pas si je dois prendre ça comme un compliment.

    L'éternité qui leur fond dessus, c'est dégueulasse. Ça doit coller. Comme le gruyère dans les pâtes de Sylvain.
    3
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:34
    gudule
    Ooooh, monsieur Barvin, j'en suis tout esbaubie !
    4
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:34
    gudule
    La prochaine fois que tu viens à la maison, on laisse tomber la raclette et on se prépare ça : une fondue d'éternité.
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