• FOLLE D'AMOUR

    Chapitre 103

             — Nous y sommes, annonce la vieille.

             À tâtons, Nora remonte sur le quai. C'est l'obscurité totale mais au moins, elles sont à l'abri.

             Voix de la vieille : «  Y a encore personne ».

             Temps interminable, puis claquement d'un briquet. Yvette allume des bougies qu'elle dispose un peu partout. Sous les lueurs vacillantes, le lieu se devine plus qu'il n'apparaît. Plafond voûté, rongé d'humidité, échafaudages, ciment nu, carcasses de bancs. Graffiti et tags.

             — Il y a des années que c'est fermé au public, dit la vieille. Le parcours a été dévié pour des raisons de sécurité : on est sous la Seine et tout est fissuré.

             Elle tapote un étai, dressé entre terre et ciel comme une colonne antique.

             — Malgré les renforcements, il suffirait d'une crue un peu trop forte ou d'un glissement de terrain pour que... patatras ! 

             — C'est dangereux, souffle Nora.

             Yvette rigole.

             — Ça fait dix ans que je viens ici et j'ai toujours bon pied bon œil.

             Elle s'éloigne vers le fond de la station, suscitant, sur les murs, une ombre démesurée.

             « J'avais pas remarqué qu'elle était aussi mal foutue, constate Nora : son ombre a l'air plus âgée qu'elle. »

             — Installe-toi ! crie la vieille.

             Du menton, elle désigne le carton retourné faisant office de table,  que garnissent deux bouteilles et cinq gobelets de plastique.  

             Docilement, Nora jette son sac à terre et s’assied dessus. L'endroit est si étrange, si fascinant — si inquiétant surtout ! — qu'elle n'a pas assez d'yeux pour tout appréhender.        

             «  Si le scénario est digne du décor, j'ai atteint le fond des fonds, se dit-elle. Ce qui se prépare ici est une sorte de messe noire, j'en mettrais ma main à couper. On va peut-être me sacrifier en offrande à je ne sais qui, à je ne sais quoi... À la Seine tueuse, si ça se trouve. Au secours, je veux m'en aller ! »

                                                                                                                                          (A suivre)

     
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  • Commentaires

    1
    Mardi 21 Mai 2013 à 07:57
    Benoît Barvin
    "(...)son ombre a l'air plus âgée qu'elle", j'aime beaucoup, ça pourrait être un bel aphorisme. Quant à la description... Du Hugo, Chère Soeur, du HUGO!
    2
    Mardi 21 Mai 2013 à 21:46
    Castor tillon
    Yvette, la Pépette qui vieillit moins vite que son ombre. Ben quoi ? C'est plus positif, comme ça, non ?
    Je plussoie Benoît, c'est du grand art, et vous êtes une grande Madame.
    3
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:34
    gudule
    Wahou, monsieur Barvin, vous allez me rendre hydrocéphale ! Oubliez-vous qu j'ai écit une nouvlle qui s'intitule : "Ce que je veux, c'est tutoyer Victor Hugo " ?
    4
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:34
    gudule
    Pff, les fautes ! Je reprends : "Oubliez-vous que j'ai écrit une nouvelle intitulée : "Ce que je veux, c'est tutoyer Victor Hugo" ?
    5
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:34
    gudule
    ooooOOooooOOoooOOOh...
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    6
    Pata l
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:34
    Pata															l
    Une sacrée ambiance, que tu nous distille là !
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