• FOLLE D'AMOUR

    Chapitre 119

     

    Résumé des chapitres précédents : Sur le parvis de Beaubourg, une groupe de musiciens noirs  psalmodie en frappant dans les mains. Il n’en faut pas plus pour que Nora décolle. Soudain, comme elle s’approche du groupe en transe : «  Tiens, quelle est cette flamme, dans l'obscurité ? »

     

        Bobo !
        Bobo qui donne une représentation devant une demi-douzaine de noctambules attardés !
        Abandonnant les chants, elle bifurque aussitôt vers lui. Il s'envoie une gorgée de benzène, l'éjecte, en approche sa torche. Se transforme, une fraction de seconde, en dragon — le temps pour Nora d'évoquer Florida, un hurlement à fleur de peau.
        Les badauds en redemandent.
        Nora, toute droite, prise en tampon entre sa chair de poule et une fascination de papillon. Bobo l'aperçoit, s'essuie la bouche.
        — Aimez-moi, dit-il.
        — Chouette, un nouveau numéro ! s'esclaffe quelqu'un.
        — Tant mieux, l'ancien commençait à dater.
        Nora, debout, figée, son sac entre les pieds. Les rythmes africains s'accentuent. Bobo la dévisage de plein fouet.
        — Aimez-moi, répète-t-il.
        Rumeurs approbatrices.
        — Allez, Bobo !
        Nora ne cille pas.
        — Aimez-moi, je vous en supplie, je vous en conjure. J'ai besoin d'amour, j'en crève. J'en crève, vous entendez, j'en crève !
        Des applaudissements.
        — Il est fort ! lance quelqu'un.
        — Criant de vérité !
        — C'est du happening.
        — Ho, t'as trente ans de retard, mon vieux ! Du happening... Pourquoi pas du hard-core, tant que t'y es ?
        — Un monologue no future, si tu préfères.
        — Vos gueules, les spécialistes !
        — Bo-bo ! Bo-bo !
        — Il en rajoute une tonne, c'est à la limite du crédible !
        — On m'en a parlé, dit une fille. Paraît qu'à la fin, le public pleure.
        — Vous vous en branlez, d'avoir ma mort sur la conscience, éructe Bobo. Qu'est-ce que je suis, pour vous ? Un déchet, un étron! Je ne mérite même pas d'exister. Regardez-moi, je me désagrège sous vos yeux, je me dissous, je me putréfie.
        — Bien dit ! crie l'assistance en lui jetant des pièces. Mets-nous la tête dedans, Bobo, on ne mérite que ça !
        «  C'est du flan ou il souffre vraiment ? se demande Nora. Est-ce à moi qu'il s'adresse ou à eux ? En général ou en particulier ? »
        Elle ne bronche pas. Là-bas, les litanies deviennent assourdissantes. À Marne-la-Vallée, les habitants des tours peuvent-ils dormir, la nuit ?

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  • Commentaires

    1
    Lundi 24 Juin 2013 à 16:04
    Benoît Barvin
    Heureux de vous revoir, Chère Soeur. En vous espérant en forme... En tout cas, le texte l'est, lui...
    2
    Lundi 24 Juin 2013 à 17:17
    Tororo
    Je me posais exactement la même question que Nora: «Tiens, quelle est cette flamme, dans l'obscurité ?» Quel plaisir, en m'approchant, de voir que c'était Gudule avec sa petite chandelle!
    3
    gudule
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:34
    gudule
    Oh, Tororo, que c'est joli ! Je suis tout émue !
    4
    Pata l
    Vendredi 29 Août 2014 à 13:34
    Pata															l
    Le beau-beau hasard fait bien les choses dirait-on :)
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