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                                                     Grève de la faim

     

       Une petite Solitude pas marrante du tout. Il en faut. En août 1996, des sans-papiers retranchés dans l’église St Bernard, à Paris, défiaient les forces de l’ordre chargées de les expulser. À l’intérieur, outre les mères et les enfants, plusieurs grévistes de la faim ; dehors, un certain nombre de sympathisants (dont Sylvain et moi) prêts à intervenir en cas d’assaut des CRS.

        En raison du week-end, cet assaut se faisait attendre. Nous campions donc avec nos camarades — parmi lesquels plusieurs célébrités, rappelez-vous : Marina Vlady, Josiane Balasko, Emmanuelle Béart, le professeur Jacquard...— autour du bâtiment, guettant l’inéluctable. Or, malgré notre angoisse et notre indignation, au bout de vingt-quatre heures quasiment sans manger, nous avions tous la dalle. Laissant Sylvain sur place, je file acheter des sandwichs à boulangerie la plus proche.

        Soudain, tandis que je distribue mes baguettes au jambon, un amas de vieux sacs de couchage se soulève et une tête furibonde en jaillit.

        — Non mais ça va pas ? me hurle en pleine face un jeune homme aux cheveux longs. Vous pourriez respecter ma grève de la faim, quand même !

        Oups, pardon ! J’ignorais qu’il y avait aussi des grévistes sur le parvis...

         Ça nous a coupé l’appétit. 

     


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                                                 La peur au ventre

     

        Oncle Louis, officier de carrière à la retraite, faisait montre envers sa famille d’une autorité quasi-militaire. Toute rébellion était sévèrement réprimée. Or, pour une raison que je ne m’explique pas, ce foudre de guerre estimait le chewing-gum nocif et m’interdisait formellement d’en consommer. Mais outre le fait qu’elles ne coûtaient que quelques centimes, les succulentes plaques roses s’agrémentaient de photos d’acteurs, très en vogue chez mes amis du Thier-à-Liège.   Comment, dès lors, ne pas désobéir ?  
        Un jour où je mâchonnais tranquillement le fruit défendu, qui aperçois-je, venant vers nous ? Oncle Louis — censé être absent toute la journée. Prise de panique, j’avale aussitôt l’objet du délit, puis, l’âme en paix, je lui souris. Il me passe une main distraite dans les cheveux et poursuit son chemin.  
        — T’es complètement zinzin ! s’écrie ma copine Josiane, qui a suivi la scène avec effarement. Tu ne sais donc pas que le chewing-gum colle les boyaux ?
        Horrifiée par cette révélation, je rentre la maison en me tenant le ventre. Car j’ai réellement mal. Le collage de boyaux, c’est affreusement douloureux !
        Entre deux catastrophes, il faut choisir la moindre. Plutôt que de mourir dans d’atroces souffrances, je préfère encore avouer mon forfait à Tantine. A mon grand étonnement, au lieu de s’inquiéter, voire d’appeler le docteur, elle me demande en riant :     
        — Qui t’a raconté ces foutaises ?  
        Eh bien, vous me croirez si vous voulez, mais comme par magie, le mal s’est arrêté !

     


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  •                                                     Fais pas ta Marilou !

     

               J'avais une cousine dont le mauvais caractère était proverbial. Au point que chez nous, "fais pas ta 

            Marilou !" s'employait couramment — à son insu, bien sûr, ainsi qu’à celui de sa famille.

        Un jour, au cours d’un repas, le nouveau copain de ma fille, croyant qu’il s’agissait d’une expression toute faite, lance étourdiment à l’un des convives qui râlait sans cesse : 

        — Allez, François, arrête de faire ta Marilou !

        Dans le silence gêné qui suit, François se lève de table et sort de la pièce en claquant la porte. Forcément : Marilou, c’est sa mère...

        — Eh bien, il a de qui tenir, remarque le responsable du malaise, après qu’on lui ait expliqué sa bourde.

                                                      


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  •                                    Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny...

     

       J’eus, dans ma folle jeunesse, un petit ami qui fantasmait sur le bondage. Perso, je n’éprouvais (et n’éprouve toujours pas) la moindre attirance pour ce folklore macabre, mais étant d’une nature complaisante, je décidai un jour de combler ses désirs. J’achetai (très cher !) une guêpière en simili-cuir noir, des cuissardes, et quelques accessoires d’un goût exquis, du style fouet, menottes, collier de chien, etc. Quand je les lui montrai, il en pleura de joie. C’était un bon début.

        La suite fut moins réjouissante car, une fois déguisée, il fallut passer aux travaux pratiques. Et là... Une telle détresse me saisit devant l’image de moi que me renvoyait le miroir, que je perdis soudain toute ma motivation. Je repoussai le jeune homme, le traitai de malade, enfilai mon manteau sur ma tenue sexy et me barrai dare-dare.

        L’histoire eut pu s’arrêter là, mais ce serait compter sans le piège des sentiments. Au bout de quelques jours, ma rancœur se mua en regret. Qu’est-ce qui m’avait pris de réagir de la sorte ? Le pauvre garçon ne faisait rien de mal ; il voulait juste concrétiser ses rêves. Mettre en scène son petit théâtre intime, avec moi en vedette. C’était plutôt flatteur. Fallait-il que je sois gourde pour avoir pris la mouche !

        Bref, je décidai de rattraper le coup. Vêtue de la guêpière et des bottes à talons, je me rendis chez lui sans l’avoir prévenu. Je sonnai à la porte, et quand celle-ci s’ouvrit, j’écartai largement les pans de mon manteau en m’écriant : « Surprise ! »

        La dame, en face de moi, poussa un cri de stupeur, auquel mon « oh, pardon ! » bredouillant fit écho.

        — Si c’est pour mon fils que vous venez, il n’est pas là,  lança-t-elle d’un ton sec, en me claquant la porte au nez.

        Ce fut mon ultime tentative SM.


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  •                                          Toute vérité n'est pas bonne à dire

     

       J’étais au téléphone avec une copine quand, soudain, qui vois-je passer dans le couloir ? Le rat de Mélanie, tractant une barbe-à-papa dix fois grosse comme lui. Son but : emmener cette friandise, piquée dans la cuisine, jusqu’à sa cage, à l’autre bout de l’appartement. Le spectacle est d’autant plus réjouissant que la « proie » fond entre ses dents et lui échappe sans cesse — phénomène qui, à l’évidence, le désarçonne.

        En m’entendant pouffer alors qu’elle se lamente sur ses problèmes de couple, la copine, offusquée, s’enquiert :

        —Tu trouves ça drôle que je sois en train de me faire larguer ?

        — Non, non, ce n’est pas à cause de ça que je ris, protestai-je, toute confuse.

        — C’est pour quoi, alors ?

        — Ben... un rat qui déménage de la barbe-à-papa.

        — Et tu te fous de moi, en plus !

        Sans me laisser le temps de m’expliquer, elle raccroche. Elle divorcera trois mois plus tard.

     


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