•                     Je ne serai jamais Mazo de la Roche (suite et fin)

        Mais je ne m’avoue pas vaincue. La vie en Rose vient d’être racheté par France Loisirs. Or, ce club qui, d’ordinaire, n’offre à ses adhérents que des titres ayant fait leurs preuves, a ouvert, depuis peu, un département création. S’ils reprennent les trois tomes existant chez Grasset, rien ne les empêche de poursuivre la série.
        Je prends un rendez-vous avec le responsable, lui explique mon projet, et m’entends répondre que « vu le peu de succès du premier ouvrage, il ne comptent pas pousser plus avant l’expérience ». (Rien d’étonnant, étant donné leur hideuse couverture, NDLA)
        Un coup dans l’eau. 
        Commence alors une prospection systématique de tous les éditeurs censés ressortir en poches des titres déjà parus. Refus, refus, refus... jusqu’au jour où, miracle ! la directrice d’Hachette Jeunesse me téléphone. Elle va lancer une collection pour jeunes adultes dans laquelle mes « Rose » s’intégreront parfaitement. Et comme Grasset fait partie du même groupe, la cession de droits ne devrait poser aucun problème.
        Je regrimpe illico sur mon nuage, et, dans la foulée, commence le sixième tome : Tous les chemins mènent à Rose. Hélas, la dame me rappelle quelques jours plus tard : la transaction a échoué. L’éditrice de chez Grasset refuse de lâcher le morceau,  sous prétexte « qu’elle aime trop mes textes et craint qu’une version poche ne les dévalorise. »
        Ma dernière chance s’envole. Décidément, je ne serai jamais Mazo de la Roche. 


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    Une planche de Lulu Panty, de Siné et Gudule, parue dans le Charlie mensuel de mai 1982.

    Le blog de Siné, c'est ici : http://www.sinemensuel.com/

    Lulu Panty


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  •                            Je ne serai jamais Mazo de la Roche

           En 2002, à la demande de mon éditrice de chez Grasset — et d’une lycéenne enceinte jusqu’aux dents rencontrée à l’île de la Réunion —, je réécris mon premier livre, Et Rose elle a vécu , en direction des adolescents. Travail à la fois éreintant, car il me replonge dans un épisode difficile de ma vie, et exaltant, puisque remettre au propre un texte déjà écrit est toujours un plaisir. Ainsi naît  La vie en Rose, titre dont je suis très fière bien que personne ne semble comprendre le jeu de mots (c’est une histoire de grossesse, allez, faites un effort !) Le livre est si bien accueilli, tant par le public que par la presse, que ça m’incite à lui donner une suite... et même plusieurs. Soleil Rose, paraît en 2003,  puis  La Rose et l’Olivier, l’année suivante. L’éditrice adore, des messages de lectrices enthousiastes déferlent sur mon site, oh, punaise, cette fois, je crois que je tiens le bon bout...

          Dans un état second, je m’attelle aux tomes 4 et 5, respectivement intitulés Le Rose et le noir et  Sous les pavés, la Rose (qui se passe en mai 68). Bon, j’avoue : le récit s’éloigne de plus en plus de la réalité. Seuls les personnages et quelques anecdotes sont authentiques, mais ça fonctionne. Après tout, je suis romancière, pas biographe...

          «  Je m’en vais leur refaire Jalna, moi ! me dis-je avec délectation. Une saga à rallonge, comme celle de Mazo de la Roche. »

          Cette charmante illusion s’estompe brutalement lorsque j’apporte  Le Rose et le noir à l’éditrice.

          — Désolée mais je n’en veux pas, me déclare-t-elle, embarrassée. Ma direction refuse un quatrième volume. Une trilogie, d’accord, mais pas une série. Les séries, ça fait vulgaire. C’est de la sous-littérature. Or, Grasset est une maison prestigieuse...

          Bleum ! ni une ni deux, je dégringole de mon petit nuage, et m’en retourne chez moi, salement plombée. Force m’est d’expliquer aux lectrices, via mon site, qu’elles devront renoncer aux aventures de Rose. Ce qui provoque un tel tollé que l’une d’entre elles décide de lancer une pétition. Elle récolte une centaine de signatures d’adolescentes (oui, oui, tant que ça !) et même de quelques mères qui se sont prises au jeu.

          Réaction de l’éditrice :

          — Gudule, tu peux demander à ton fan club de cesser de saturer ma boîte mail ? C’est agaçant, à la fin.

          Et se retrouver avec, sur les bras, deux romans désormais impubliables, ce n’est pas agaçant, peut-être ?

     


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  •                                           L’instant d’émotion

     

        Nous sommes en voiture avec Nina (seize ans), quand je dis à Sylvain :

          — Il faudrait peut-être qu’on se marie, qu’en penses-tu ? Ce serait plus simple pour les impôts.

          — J’attends que tu me fasses ta déclaration, répond-il en riant.

          Et moi, entrant dans le jeu :

          — Cher Sylvain, j’ai l’honneur de te demander ta main.

          On se marre, puis on passe à autre chose lorsque soudain, un léger reniflement attire mon attention. Je me retourne ; Nina se tamponne le nez avec un Kleenex.

          — Ben quoi ? répond-elle à ma question muette. Je viens d’assister à la demande en mariage de ma grand-mère, et tu t’étonnes de me voir pleurer ?

          Ce n’est pas une blague, elle a vraiment la larme à l’œil.

     


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  •                                                       La voyageuse (bis)

     

           Encore une histoire de train. Cette fois-là, j’étais seule. À côté de moi, une petite vieille.

          Arrive le contrôleur. La petite vieille plonge dans son sac et en sort une liasse de titres de transport qu’elle commence à consulter un à un.

          — Mon billet est là-dedans, dit-elle sans s’énerver.

          Et comme le contrôleur piétine :

          — Ne vous inquiétez pas, je vais le trouver, assure-t-elle.

          Je lui propose de l’aider ; elle refuse d’un sourire et poursuit sans moufter ses investigations. Pas besoin d’être devin pour comprendre qu’elle cherche à gagner du temps...

          Prise de pitié, je m’apprête à intercéder pour elle — voire à payer sa place — quand, à mon grand étonnement, elle tend un billet à l’employé, en précisant : « Vous savez, je suis toujours en règle », puis, une fois poinçonné, elle le refourre dans la pile.

        — Vous devriez jeter vos billets périmés, lui suggérai-je. Ça vous éviterait ce genre de mésaventure.

          Elle me décoche un regard malicieux.

          — Jamais de la vie ! Voyez-vous, c’est mon jeu favori. J’adore mettre les contrôleurs dans l’embarras, leur faire croire que je suis une resquilleuse, et au dernier moment, leur prouver qu’ils ont tort. Vous ne trouvez pas ça drôle ?

          En riant, elle referme son sac. Et je me sens minable, avec ma bonne conscience.


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