• Chapitre 55

     Résumé des chapitres précédents : Contre toute attente, Nora veut aller à la générale de presse des Grumeaux. Qu’a-t-elle dans la tête ? Pourquoi emporte-t-elle autant de bagages pour une seule nuit parisienne ? Et pourquoi embrasse-t-elle son poney et son chat en pleurant ?

     

             Il y a foule, sous le chapiteau. Blottie contre son homme, Nora frissonne. Elle s'agrippe à sa main. Ensemble, ils fendent la marée humaine. Mais si elle n'a d'yeux que pour lui, ce soir, lui regarde ailleurs. Vers la scène, les coulisses. Et, par-delà le décor, vers ce qui aurait dû être et qui n'est pas. 

             Ils s'installent.

             Attente blême du lever de rideau.

     

                                                                                   *

     

             — Comment t'as trouvé ?

             Nora déglutit. Durant une heure et demie, elle a vu  Charlie sur la scène, en filigrane derrière les autres. Et c'était lui le meilleur.

             — Pas mal, souffle-t-elle d'une voix enrouée.

             « Tu étais superbe, mon chéri. Le groin de la Germaine, quelle trouvaille ! Tes trois comparses ? Pfff, des faire-valoir sans importance, des moins-que-rien. Toi, tu brûlais les planches. Tous ces bravos, c'est à toi qu'ils s'adressent. Écoute-les crépiter : ton talent fait des vagues. »

             — Comment ça, pas mal ? s'insurge Charlie. Fantastique, tu veux dire !

             « Fantastique, c'est le mot que je cherchais. Tu était fantastique, mon amour. Enfin apprécié à ta juste valeur, enfin sorti de l'ombre. Enfin adulé du public. Enfin reconnu et hissé au sommet. »

             — Je suis ébloui, dit Charlie, sincère.

             — Et moi, donc ! embraye Nora avec ferveur.

             Dans la salle, c'est du délire. Les spectateurs applaudissent debout. Vu que la plupart d'entre eux bossent dans les médias, ça permet d’espérer une promo d’enfer !

                                                                                                                                 (A suivre)

     

     


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  • Chapitre 54

      Résumé des chapitres précédents : Sous la pression des événements, Nora est bien forcée d’ouvrir les yeux, et de voir ce que Charlie lui cache soigneusement...

     

             — Chéri ?

             La soupe fume dans les bols. Au milieu de la table, du cabillaud pané que convoite le chat. Miaulements de circonstance.

             — Ta gueule ! ordonne Nora. Puis elle reprend : chéri ?

             — Mmmm...

             — J'ai envie d'aller voir les Grumeaux.

             Il la fait répéter. Elle s'exécute. Sans peur et sans reproche.

             — Tu es sûre ? souffle-t-il.

             Absolument. Et elle est même prête à faire du forcing pour, si la chose s'avère nécessaire. Petit visage déterminé, durci par une implacable volonté, nez fin dont les ailes palpitent un peu trop vite, bouche immense, violentée par des dents fébriles.

             Le chat saute sur la table sans que nul ne songe à l'en empêcher. Il se faufile entre les verres, s'approche du plat, patte de velours, moustache en alerte. Flaire longuement  la provende. S'accroupit. Mange.

             — C'est quand ? demande Charlie.

             — T'as oublié la date ?

             Oui. Pas Nora. Elle est inscrite en lettres de feu dans sa mémoire.

             — Du 15 au 31 mars, au Cirque d'Hiver.

             — On a le temps, dit Charlie. On en reparlera.

             Ils en reparlent, et décision est prise : le 15 au soir, ils seront à Paris pour la générale de presse. Ainsi l'autre, là, le Grec, a-t-il bu la ciguë, le mufle détendu et sans pétoche aucune. Prétendait-il. À votre santé, les potes, youpi, la mort est belle.

             Très soigneusement, Nora prépare le voyage. Elle nettoie sa maison de fond en comble, range ses placards, change le lit. Bourre le sac-polochon de ses fringues préférées.

             — Tu prends tout ça ? s'étonne Charlie.

             Elle hoche la tête.

             — Je tiens à être élégante, qu'est-ce que tu crois ?

             L'adjectif lui sied comme un coup de poing dans l'œil.

             — En voiture, Claudia Schiffer !

             La dite embrasse ses animaux, les larmes aux yeux.

                                                                                                                                (A suivre)


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  • Chapitre 53

     Résumé des chapitres précédents : Cauchemars, angoisses, terreurs nocturnes... Malgré les efforts de Charlie, Nora ne serait-elle pas en train de replonger ?

     

             — Où il est, mon journal ? glapit Charlie, mettant la salle sens dessus dessous.

             — Lequel ? s’informe Nora, faussement candide.

             — Le Libé d'hier, avec la photo des Grumeaux.

             — Sais pas... P't'être bien que je m'en suis servie pour les épluchures...

             Il fonce vers la poubelle, la retourne — « C'est dégueu ! » braille Nora — puis, n'ayant rien trouvé, remonte dans ses quartiers. Mais un peu plus tard, en allant au tabac, il s'informe s'il peut le commander à nouveau.

             — Pas la peine, répond le patron, il m'en reste un sous le comptoir, un client l'a oublié, je vous en fais cadeau. 

             Charlie remercie chaleureusement, se félicite des bons rapports qu'il entretient avec les commerçants — pas comme Nora qui leur crache à la gueule sous prétexte que le troquet est un repaire de fachos  — et s'empresse de punaiser l'article dans son grenier.

             D'autres s'y joindront bientôt, l'événement culturel faisant couler beaucoup d'encre. Si bien que le mur du fond, au-dessus de l'établi, va prendre peu à peu des allures de press-book.

     

                                                                                   *

     

             Le Klaxon du facteur trouble le silence matinal.

             — Une lettre pour vous, M. Charlie !

             Sur l'enveloppe, l'écriture de Boris. À l'intérieur, un carton d'invitation, valable pour deux personnes : « Sexe-tête à trois instuments ». Un mot y est griffonné, de Boris également : Si tu change d'avis, ta place est toujours chaude.

             — Du courrier ? crie Nora, plongée dans la confection d'un couscous.

             — Juste un prospectus, répond évasivement Charlie.

             Le press-book accueillera un document de plus. Quelques jours plus tard, Nora, pénétrant dans le grenier par le plus grand des hasard, en l'absence de l'époux retenu aux toilettes, tombera dessus. Manquera de s'évanouir. Et se mettra à croire au Destin.

                                                                                                                                               (A suivre)


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