• Chapitre 64

    Résumé des chapitre précédents : Aux miasmes familiaux de sa frangine, Nora préfère l’errance au hasard des rues. On la comprend. Mais où la mènera ce road movies pédestre à travers Paris ?

     

             Douze heures plus tard :

             « Qu'est-ce que je fais, maintenant ? » 

             De flânerie en glandouille, la journée s'est tirée gentiment. Nora a traîné au Quartier Latin, le nez en l'air, censurant fanatiquement tout ce qui, de près ou de loin, s'apparentait à une pensée. Regardant, seulement. Écoutant. Absorbant par tous les pores de sa peau ; papier buvard. Quand le sac devenait trop pesant, elle descendait sur les berges de la Seine, le posait par terre et s'asseyait dessus. Les péniches passaient lentement, écorchant l'eau dont les reflets, un instant brouillés, cicatrisaient aussitôt. Nora fermait les yeux, somnolait cinq minutes, puis, reposée, remontait vers les vivants.

             Et sur ce, le soir tombe.

             « Qu'est-ce que je fais ? Je rentre sagement au bercail, rue du Chevaleret ? Je retourne chez Anne ? Si je jouais ça à pile ou face ? Pile, tout redémarre comme avant et mon départ reste à jamais un faux-fuyant ; face je me farcis les remugles de maître frangine, ses gniards et son cravaté. En un mot, je me pends ou je me jette à l'eau ? » 

             La pièce vole, retombe sur sa tranche. Roule. Et plouf, dans la Seine. Coquin de sort ! Nora respire, soulagée d'un grand poids.         

              « Bon, où je dors, ce soir ? » 

             Elle fouille les poches de son blouson, sort toute sa monnaie, trois billets de dix, un de cinq, quelques euros en petites pièces. Ça va pas chercher loin. Impossible de s'offrir un hôtel pour si peu.

             « Remontons vers Saint-Michel, j'ai une petite faim, on raisonne mal le ventre vide. » 

             Un sec-beurre fera l'affaire.

             « Tiens ? Je connais ce troquet. Ils ont des bières sympas et de la bonne musique. » 

              Elle entre, commande un sandwich, un expresso et un jeton pour le juke-box.

             Comme elle hésite entre Lennon et Mac Cartney, une voix amicale s'élève derrière elle.

             — Mais c'est ma fleur des champs !

                                                                                                                                    (A suivre)


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  • Chapitre 63

      Résumé des chapitres précédents : Les petits matin, chez Anne, sont loin d’être sereins. Nora, déjà si perturbée, avait-elle besoin de ça ?

     

             Nora presse ses oreilles de ses deux poings fermés. Du silence, par pitié ! Mais les remous de son sang dans ses tempes prennent le relai. Le silence est un leurre, seule la mort est muette.

             Elle regarde son café : si je bois, je vomis. Mentalement, elle court aux WC, ouvre la cuvette, s'épanche. Quelle horreur ! Elle jette le contenu de la tasse dans l'évier, récupère son sac.

             — J'y vais, crie-t-elle. Je reviendrai plus tard !

             — D'accord,  répond Anne avec une sorte de soulagement.

             Ouf, enfin dehors ! Fuyons cet enfer domestique.

              "J'avais raison, tout à l'heure : voilà le soleil, le ciel tient ses promesses." 

             Nora respire à pleins poumons ; la nausée s'estompe. L'air est frisquet, à peu près pur — privilège des matins que les gaz d'échappement n'ont pas encore souillés.

             "Qu'est-ce qui m'a pris de vouloir m'enfermer chez ma sœur ? Leurs miasmes familiaux, c'est du malaise en gelée. Je n'ai vraiment pas besoin de ça en ce moment !"

              Elle s'étire, et une îvresse soudaine, incongrue, la soulève. Un vent de liberté.

             "Paris est à moi, je suis seule, sans entraves. Personne ne m'attend nulle part. Cette ville, c'est exaltant. J'ai le mors au dent, Charlie, tu te rends compte ? Où y a-t-il un rade, que je prenne des forces pour l'aventure ?" 

                                                                                                                                                                         (A suivre)


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  • Chapitre 62

      Résumé des chapitres précédents : Point de chute, la frangine. Mais est-ce vraiment une bonne idée ?

     

             Dans la cuisine Habitat haut-de-gamme, Jean-Baptiste, déjà attablé, dispute les corn-flakes à sa sœur Lucie. Anne les houspille :

             — Dépêchez-vous, vous allez être en retard !

             Puis elle invite Nora à s'asseoir et lui verse une tasse. Avec des précautions de grande blessée, Nora porte le liquide brûlant à ses lèvres. Lucie renverse son bol, se fait engueuler, réplique, quitte la table en beuglant :

             — J'en ai marre !

              Nora repose sa tasse sans avoir bu. Tout ce tintamarre la perturbe.

             — Vite, les enfants, il est huit heures moins dix.

             « Quel bruit ! pense Nora, quelle agitation ! J'ai mal à la tête. »

             Voilà le mari qui déboule, à présent. Ajustant sa cravate.

             — Ma pochette ! éructe-t-il. Est-ce que quelqu'un a vu ma pochette ?

             Avisant sa belle-sœur.

             — Tiens, Nora, quel bon vent t'amène ? Anne, où est ma pochette ? 

             — Dans le tiroir de la salle de bains.

             Il repart. Anne consulte sa montre.

             — Excuse-moi, je dois me préparer, j'ai une audience au Palais à neuf heures.

             Elle s'éclipse à son tour. La porte d'entrée claque : ce sont les gamins qui partent. L'époux revient, avale son café debout, demande :

             — Comment ça va ? Tu es bien matinale aujourd'hui. Ciel, déjà huit heures, il faut que je file. Tu seras là ce soir quand je rentrerai ?

             — Je ne sais pas, murmure Nora.

             Il n'a pas entendu : il est déjà dans le vestibule.

                                                                                                                                        (A suivre)


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  • Jappeloup, novélisation du film de Guillaume Canet, a l'air de bien marcher, dites donc !

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  • chapitre 61

     Résumé des chapitres précédents : Après une nuit d’amour éblouissante – qu’elle a vécue comme un adieu, et Charlie comme une récompense –, Nora se fait la malle. Elle s’efface, histoire de laisser les coudées franches à son mari. C’était donc ça qu’elle mijotait depuis la veille ?

     

             Pour Montparnasse-Bienvenüe, direction Charles-de Gaulle-Étoile. La rame arrive, elle s'y engouffre. Insensiblement, le jour s'est intallé : une fade lumière de début de printemps, piquetée de bruine. Mais, derrière les nuages, il se peut que le soleil couve. Dans une heure ou deux, maximum, on sera fixé.

             Peu de monde, dans le métro. Il est encore trop tôt, les travailleurs petit-déjeûnent sur un coin de table avant la migration quotidienne. Nora a précédé le rush et s'en félicite : les promiscuités sont déconseillées aux écorchés vifs.

             Anne habite un immeuble cossu, rue Vavin, dans le quinzième, en compagnie d'un mari homme d'affaire et de deux pré-adolescents. Nora compose le code, pénètre dans le hall, appelle l'ascenseur. Se retrouve au troisième étage sans trop savoir comment.

             Elle sonne. Rumeur à l'intérieur. On perçoit clairement : Anne, y quelqu'un ! —  J'ai entendu, je ne suis pas sourde — Tu ouvres ? — Pas dans cette tenue — Jean-Baptiste ! Jean-Baptiiiiste ! — Oui, p'pa  — Va ouvrir, s'il te plaît — Qu'est-ce qu'on peut bien nous vouloir à cette heure ?

             Clic-clac, bruit de loquet. Double serrure blindée. La porte s'entrebâille, maintenue par une chaîne. Dans la fente, un museau méfiant, tavelé d'acné.

             — Bonjour, Jean-Baptiste.

             — Maman, c'est tante Nora !

             — Fais-la entrer, j'arrive.

             Un instant plus tard :

             — Bonjour, ma chérie, s'écrie Anne, en peignoir-éponge, décoiffée et les bras tendus.

             «  Elle est marrante, comme ça, s'attendrit Nora. C'est bien la première fois que je la vois nature. Ça la rajeunit.  En salopette et les cheveux défaits, elle serait presque sympathique. »

             Elle s'embrassent.

             — Qu'est-ce qui se passe ? s'informe Anne. Un problème?

             — Pas vraiment. Je peux avoir du café ?

             — Il est en train de passer.

                                                                                                                                       (A suivre)

     


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