• Chapitre 73

      Résumé des chapitres précédents : Damned, c’est bien Lulu, le zombi femelle, mais suite à un accident du travail, elle circule en fauteuil roulant. Un client l’a jetée du quatrième étage !

     

              — Quelle horreur ! 

             Si les spectateurs s'en prennent aux vedettes, maintenant, où allons-nous ? L'hystérie de certains fans dépasse les bornes !

             — Ce sont les risques du métier, dit l'ange.

             — Une martyre de l'art, souffle Nora. Comme John Lennon...         

             L'ange, minimisant d'une vague grimace :

             — Euh... la comparaison me semble un peu abusive. Quoique...(sourire éminemment angélique) si on va par là, toute création peut être considérée comme une forme de strip-tease. 

             Nora fronce les sourcils.

             — Pourquoi tu parles de strip-tease ?

             — C'est toi qui en parles ! Tu as bien comparé John Lennon à une strip-teaseuse, non ? Pas  ininterressant, d'ailleurs, comme théorie.

             — Mais... qu'est-ce que tu es en train de me raconter, là ? Lulu n'était pas danseuse de flamenco ?

             Un ange qui tombe des nues, c'est assez rigolo.

             — Jamais de la vie, où as-tu été chercher ça ?

             — Mais c'est toi qui... enfin, je n'ai rien inventé, tu as même précisé qu'elle se produisait au Shakespaere. C'est bien un théâtre style Châtelet, non ?

             — Le Sexe pire ! (il articule exagérément, partagé entre consternation et fou rire) Femmes à poil en tout genre, sex-shop, peep-show, films X, tarif de groupe. 

             — Et... ces fringues fabuleuses ?

             — Le fétichisme, t'as entendu causer ?

             Elle a. Mais peu. Ça ne fait pas partie de sa culture générale.

             — Dans ce job, ce qui rapporte le plus, ce sont les extra, poursuit l'ange, didactique. Les patrons ne sont pas trop regardants :  après le spectacle, les filles qui le désirent peuvent monter avec les clients. Or, les spécialités les plus recherchées, ce sont...

                                                                                                    (A suivre)


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  • Chapitre 72

     Résumé des chapitres précédents : Non, ce n’est pas possible, ce zombi femelle en peignoir taché ne peut pas être la somptueuse Lulu Martinez, danseuse de flamenco de son état !

     

             La dernière mouillette avalée :

             — Fini, ânonne l'inconnue.

             Elle lève à nouveau ses yeux, qu'elle plante droit, immenses, larges comme des planètes, dans ceux de Nora.

             Sous le choc, Nora se sent pâlir. Car le message que lui dédient ces yeux cosmiques est un hurlement de haine.

             Au même instant, la porte s'ouvre.

             — Bonjour, les filles ! claironne l'ange.

             Il se penche vers le zombi.

             — Tu as bien mangé, Lulu ? C'était bon ?

             De la tête, elle fait oui. Ardente, soudain. Mais fugitivement.

             — Tu veux retourner dans ta chambre ?

             Oui.

             — Je te porte ou tu y vas toute seule ?

             Les lèvres s'entrouvrent. Ça prend longtemps, longtemps. Insurmontable effort.

             — Seule, font les lèvres.

             Sylvain s'éclipse, revient poussant un fauteuil roulant. Soulève la femme, l'y dépose. Guide son doigt jusqu'à la commande électrique, sur l'accoudoir. L'engin démarre.

             Médusée, Nora.

             L'engin sort de la pièce.

             Nora, d'une voix mal assurée :

             — Que s'est-il passé ?

             — Accident du travail.

             L'appétit en débandade, Nora attend la suite. Poser des questions, outre l'indiscrétion que cela implique, lui semble superflu : l'explication viendra d'elle-même, ou le mutisme. Une curiosité déplacée n'a jamais délié les langues ; l'envie de se confier, si.

             — Elle est tombée sur un violent, dit l'ange. Il l'a balancée du quatrième étage.

                                                                                                                                          (A suivre)

     


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  • Chapitre 71

     Résumé des chapitre précédents : Ce petit déjeuner en tête à tête avec Lulu n’est pas franchement réjouissant. En un mot comme en cent, la danseuse tire la tronche. « Me fait-on comprendre que je suis de trop ? s'interroge Nora, en proie à une parano galopante. Ou a-t-on simplement des réveils difficiles ? »

     

             Ignorant, volontairement ou non, les questions qu'elle suscite, le zombi femelle se beurre une tartine d'un geste mécanique.

             « C'est un robot », pense Nora dans un éclair.

              Enfant, elle avait été follement impressionnée par les automates du musée Grévin. Ces dermes glacés, trop lisses, trop jaunes, ces mouvements répétitifs et saccadés.... Une parodie de vie, digne, en somme, de la Germaine — le groin en moins.

             Consciencieusement, l'androïde découpe une mouillette, la trempe dans son café. L'absorbe. Lève les paupières. Sous les cils encore gras de rimmel déferle un regard.

              « Je me suis trompée, se ravise aussitôt Nora. C'est vivant. Oui, oui, j'en suis certaine. L'œil des poupées est rond comme celui des poissons, pétrifié, grossièrement incrusté dans des orbites sans vibrations. Tandis que là, j'en mettrais ma main à couper, j'ai vu frémir quelque chose. » 

             — Vous n'avez pas l'air très en forme, risque-t-elle.

             L'autre, pas là. À des milliers d'années lumière. Dans une galaxie particulièrement éloignée. 

              « Voyons, raisonne Nora, chez qui l'inquiétude se mue peu à peu en perplexité, quelle ressemblance y a-t-il entre cette nana et le souvenir que j'en ai gardé ? Pas la moindre, à bien y réfléchir. Il ne s'agit pas de la même personne. Ou alors, ma mémoire me joue des tours. Étais-je donc tellement bourrée, ce jour-là ? J'ai vu — si, si, je le jure ! — une gigantesque merveille, une sculpture d'ébène et de saphir. Je m'en rappelle nettement, elle m'a marquée, pensez ! Cette cascade de reflets si étroite et si longue, et si nue sous ses scintillances de panthère... Et le triangle parfait du visage... Et le dédain, le dédain, j'en grelotte encore. Quand elle marchait, ses talons en lame de couteau semblaient trancher le sol !

              «  Non, ce n'est pas Lulu Martinez que j'ai devant moi. L'ange a dû changer de compagne, ou recueillir sa vieille mère. Ou héberger une pauvresse, est-ce que je sais ? Les anges, c'est généreux, j'en suis la meilleure preuve. Et moi qui balisais... » 

                                                                                                                                      (A suivre)


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  • ... aux éditions Mic-Mac :

    http://catalogue.dgdiffusion.com/prd_fiche-lg1.php?produitFamille=2&theme=133&rayon=52&univers&identifiant=34157

     

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  • Chapitre 70

      Résumé des c             Résumé des chapitres précédents :   Quelqu’un a embrassé Nora endormie, tel le prince de la Belle au bois dormant. Et ce n’est pas Charlie !

     

             Le matin suivant.

             Nora sort de sa chambre, pieds nus, n'ayant sur le dos qu'une vieille chemise de Charlie, d'un rouge déteint. Un « déjeûner de soleil » comme on dit. La défroque lui arrive à mi-cuisses, les manches couvrent ses mains et même bien au-delà, les boutons du haut, manquants, dévoilent la naissance de ses seins. 

             Une odeur de café s'échappe de la cuisine. La jeune femme s'y dirige au radar.

             Lulu est à table, le dos à la porte. Dans un peignoir qui dut être rose, il y a des siècles.

             « Crotte, pense Nora, je l'avais oubliée, celle-là. Elle me fout les jetons, cette gonzesse. Surtout en tête-à-tête. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui raconter ? »

              Battre en retraite ? Impossible, ce serait de la dernière grossièreté.

             « Courage, se stimule-t-elle, Sylvain ne va sûrement pas tarder. »

             D'un pas résolu, elle s'avance.

             — Salut !

             La créature ne se retourne pas et, pour toute réponse, émet un borborygme.

             «  Je suis pas la seule à être mal à l'aise, se dit Nora. Allons, un petit effort, réchauffons l'atmosphère. »

             — Mmmm, ça sent bon ! s'exclame-t-elle, faussement décontractée. C'est de l'Arabica ou du Robusta ?

             — …

             — Personnellement, je préfère l'Arabica, et vous ?

             — …

             — Quoique le Robusta soit plus corsé.

             Tout en soliloquant, Nora contourne la table et s'assied face à sa non-interlocutrice, toujours prostrée. Puis, sans oser la regarder, tire la cafetière à elle, se sert dans l'un des trois bols disposé, elle le suppose, à son intention, tend la main vers le sucre.

             — Euh... pardon... pourriez-vous me passer le pain, s'il vous plaît ?

             Lulu, le nez dans son café, ne réagit pas.

             « Me fait-on comprendre que je suis de trop ? s'interroge Nora, en proie à une parano galopante. Ou a-t-on simplement des réveils difficiles ? »

                                                                                                                               (A suivre)


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