• Chapitre 43

     Résumé des chapitres précédents : Nora, qui sent petit à petit son univers se déliter sous l’influence nocive du monde extérieur, tente désespérément de recoller les morceaux.

     

             Nora frissonne et, d’un geste instinctif, resserre son sweat autour de ses épaules.

             — À ton avis, c'est à cause de son métier qu'ils se sont séparés ?

             — Comment ça ?

             — Ben... il avait peut-être besoin d'avoir les coudées franches, personne pour l'entraver.

             — Qu'est-ce que t'as encore été chercher là ?

             — Il prétend que les femmes sont des ventouses — ou des sangsues, je ne me souviens plus. Enfin, un truc pompant.

             — Pfff... Laisse-le baver son fiel, ce vieux mysogine. En quoi ça te concerne ?

             Nora s'immobilise, les poings sur les hanches — ce qui déséquilibre le sweat. Charlie le rattrape comme il glisse à terre.

             — Je te signale que c'est moi qu'il a traitée de sangsue, au cas où tu l'aurais oublié !

             — Admettons. Tu ne vas pas remettre ça sur le tapis ?

             — Et comment que je vais !

             — C'étaient des paroles en l'air.

             — Ben voyons !

             L'un des charmes du sous-bois, ce sont les chants d'oiseaux. Ils résonnent, emplissent l'espace, vous saturent les oreilles — « comme des pets dans une cathédrale », selon l'expression consacrée. L'hiver, ces chants font place à un silence de mort.

             — Tu crois qu'il est possible de mener de front une carrière et une vie conjugale ?

             — Quelle question ! Évidemment ! Boris n'a peut-être pas été capable de le faire, mais t'es pas obligée de généraliser. D'ailleurs, si ça se trouve, ce divorce n'a rien à voir avec sa profession. Il y a trente-six raisons pour lesquelle un couple peut casser : incompatibilité de caractères, problèmes de fric, lassitude... Ou l'envie de changer de partenaire, tout simplement.

                                                                                                                                           (A suivre)


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  • Chapitre 42

      Résumé des chapitres précédents : Nora tente d’oublier, à coup de bains de soleil, la trahison de Charlie qui, en dépit de sa résistance, a acheté un téléphone portable.

     

             — J'irais bien faire un tour en forêt, pas toi ? propose Charlie.

             — Bonne idée. 

             — Prends une petite laine, les sous-bois sont frais.          

             Comme tout être vivant, l'été a des hauts et des bas. On ne carbure pas une saison entière — surtout en région tempérée — sans donner, à terme, des signes de fatigue. Fin août, donc, le beau temps commence à s'essouffler. Il flatule deci-delà deux trois nuages, son ciel se ternit imperceptiblement. Les feuilles, bien qu'encore vertes, ont des velléités de jaunissements — sur la raie médiane en particulier. Nora désapprouve ce laisser-aller qui a une vague tendance à lui saper le moral. Elle y détecte, avec cet instinct animal qui la caractérise, les signes avant-coureurs de la débâcle. Flaire le sursis. Et se prépare, à son corps défendant — mais peut-on lutter contre l'ordre des choses ? — à d'éventuelles (et probables) intempéries.

             « Bah, l'automne a ses charmes, se raisonne-t-elle tout en marchant. Les vendanges, la chute des feuilles, le départ des hirondelles. Le thé, au coin du feu. Le vent mugissant sous la porte. La pluie fouettant sauvagement les vitres. Les arbres tordus par la tempête... »

             Houlà, l'énumération vire au cauchemar ! Prudemment, Nora arrête la surenchère et, histoire de détourner le cours de ses pensées, demande :

             —  Il est marié, Boris ?

             Charlie sursaute. Rupture de pacte n°2, et cette fois, il n'y est pour rien.

             — Non, répond-il, le plus naturellement  du monde.

             — Il l'a été ?

             — Mouais.

             — C'est lui qui s'est barré ou elle ?

             — Comment veux-tu que je le sache ? Il ne m'a pas raconté sa vie de A à Z.

             Nora frissonne. C'est vrai qu'il fait frais. Elle resserre son sweat autour de ses épaules. Quelque part, sous la mousse, une source chuchote. Le « pipi des fées » comme l'appelle Charlie, poète à ses heures.

                                                                                                                                         (A suivre)


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  • Chapitre 41

    Résumé des chapitres précédents : Charlie est allé à Auxerre s’acheter un téléphone. Mauvais signe, ça ! Y a du Boris dans l’air !

     

             Nora se recouche au soleil, mais le cœur n'y est plus. Cette horreur dans sa maison ; elle en frémit. Elle revoit leur installation.

             — Il lui faut du calme, avait dit le toubib, s'adressant à Charlie, non à elle, bien qu'elle fût présente. (Ainsi la médecine vous infantilise-t-elle. Tout comme l'Éducation Nationale. Que de fois Nora avait pesté contre cette attitude chez ses profs, lors des réunions de parents d'élèves. Elle, insignifiante, quantité négligeable, inexistante pour ainsi dire, et des tierces personnes débattant de son sort sans la moindre pudeur. « Les mourants, souvent, sont confrontés à ça. Mais chez eux, c'est moins grave : leur avenir n'est pas en jeu ».)

             Donc :

             — Il lui faut du calme, avait dit le toubib. La bipolarité se stabilise très bien, pour autant que le malade bénéficie d'un environnement adéquat. Un peu comme les plantes exotiques, vous voyez ? Une atmosphère constante, ni heurts ni sautes de température, pas de courants d'air, beaucoup d'attention... Est-ce envisageable  ?

             — C'est, avait répondu Charlie. Comptez sur moi, docteur. Tu viens, Nora, on déménage !

             Ils n'avaient emporté que le strict nécessaire : leur lit, le vieux buffet, quelques bouquins, mais rien qui véhicule des émotions nocives, rien qui les relie au monde, ce vecteur de chocs. Pas de télévision ni de téléphone. C'est sci-en-ti-fi-que-ment prouvé : tout bruit aigu, et en particulier les sonneries, est perçu comme une agression par les végétaux. Voilà pourquoi on les bannit des serres.

             C'était il y a cinq ans. Nora n'a pas replongé. Mais à la longue, hélas, la vigilance s'émousse. La preuve : cette expédition à Auxerre.

             — C'est le début de la fin, prémonitionne-t-elle — bien que, depuis l'avènement du portable, une musiquette remplace la sonnerie, ce qui en atténue l'aspect traumatique.

             Une chance : et d'un, le soleil tape comme un sourd, et de deux, le chat y met du sien. Entre l'assomoir céleste et les ronronnements du félin lové contre elle, Nora n'a d'autre choix que de se rendormir — méthode radicale pour relativiser, tous les lézards vous le diront.  Lorsqu'elle se réveille, une heure et quelques plus tard, la 4L a repris sa place, Charlie bouquine dans un transat et toute cette affaire a l'air d'un mauvais rêve.

             Il ne sera plus question de rien.

             Pendant deux mois.

             Si désormais Charlie trimballe un téléphone dans sa poche, sa femme n'en veut rien savoir. Après tout, chacun ses vices intimes. Tant qu'ils n'interfèrent pas sur l'équilibre d'autrui et n'enfreignent pas la loi du silence...

                                                                                                                                     (A suivre)

            


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  • On découvre vraiment des choses ahurissantes, en surfant sur le net. Ce livre numérique, par exemple, dont j'ignorais l'existence.


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    Il se trouve sur le site Bragelonne pour 0,99€


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  • Ça fait toujours plaisir !

    http://www.fantastinet.com/repas-eternel-de-gudule/

    Repas eternel VNum


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