• Episode 92

             Résumé des chapitres précédents : Nos trois héros débarquent à Doha afin d’intercepter le cargo transportant la semence de Chouchou, destinée au harem de l’émir Ibn-et-Zarzour.  

             Quand le cargo s’engagea dans le Golfe persique, Zoé le guettait à la jumelle, depuis la fenêtre de sa chambre d’hôtel.

             — Le voilà ! annonça-t-elle à Branquenstein, qui vernissait minutieusement les ongles de Dora.

             Délaissant ses délicates occupations, le resurrectologue se joignit à elle et ils suivirent tous deux la progression du bâtiment dans les eaux territoriales qataries.

             — Oh, regardez ! dit tout à coup Zoé, en passant les jumelles au médecin.

              Un semi-remorque rempli de militaires en armes venait de faire irruption sur le quai de déchargement.

             — Ne seraient-ce pas les hommes de l’émir, chargés de réceptionner la marchandise ?

             — Ça m’en a tout l’air.

             — Il faut les empêcher d’en prendre livraison !

             Joignant le geste à la parole, Zoé se rua dehors, suive de près par ses deux compagnons.

             Lorsqu’ils parvinrent à leur tour sur le quai, les occupants du camion —  une demi-douzaine d’hommes en treillis et keffieh, brandissant des kalachnikov — avaient délaissé leur véhicule pour surveiller de près les manœuvres du cargo.

             — C’est le moment ou jamais, souffla Zoé à ses complices.

             Et, ni une ni deux, elle sortit une patate de sa poche et la fourra dans le tuyau d’échappement du véhicule. Puis tous trois regagnèrent l’hôtel comme si de rien n’était.

                                                                                                                        (A suivre)


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    Leçon de dignité

             Sur le quai du métro Châtelet, où je passais deux fois par jour pour aller et revenir du boulot, s’était installé un groupe de clodos. Ils y vivaient peinardement, faisant la manche, dormant, bouffant et picolant sans souci des vigiles de la RATP, plus cools en ce temps-là qu’aujourd’hui.

             Parmi eux, il y avait une femme qu’en mon for intérieur je surnommais Pépette. Quel personnage, grands dieux ! Une petite vieille d’au moins soixante-quinze ans, habillée en fillette. Couettes attachées par des chouchous de couleurs différentes selon les jours de la semaine, jupette plissée laissant voir ses gros genoux cagneux, chaussettes blanches, tennis... Et pimpante, avec ça ! Toujours propre, toujours tirée à quatre épingles ! Bref, elle me fascinait. J’en étais arrivée à la guetter bi-quotidiennement parmi la foule, et à être toute frustrée quand, par malheur, je la loupais.

             Un jour, n’y tenant plus, je descends de la rame et me dirige vers elle, dans l’espoir d’engager la conversation — ou, au moins, de lui exprimer ma sympathie. Elle me regarde approcher d’un air méfiant ; je lui souris avec une bienveillance un peu lourdingue. Alors elle me tire la langue, puis court rejoindre ses potes en sautillant.

             Ça, c’est de la dignité ou je ne m’appelle plus Gudule !         

              


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  • Episode 91

              Résumé des chapitres précédents : Zoé retraverse le bois de Boulogne en sens inverse, pour aller préparer ses bagages.

     

             Tout en louvoyant entre les travailleuses et leurs clients — debout, assis, accroupis, voire allongés dans les fougères —, en enjambant des corps tordus par le plaisir, en contournant des couples frénétiques et des groupes emberlificotés, Zoé parvint à l’orée du bois. Mise en appétit par ce parcours d’obstacles, elle fit un petit crochet par le Georges V, histoire d’embrasser Asia Li-Li avant de rentrer chez elle. Puis s’occupa de son visa.

             A vingt heures tapantes, un taxi la déposait devant l’aéroport.

             Le voyage fut sans histoire. Chouchou avait emporté son catalogue et ne leva pas le nez jusqu’à destination. Zoé somnolait. Le docteur Branquenstein manucurait les doigts de Dora.  Ni attaque terroriste, ni détournement ne troublèrent la tranquillité des passagers. L’atterissange à Doha fut salué, selon la coutume en vigueur, par des applaudissements.

             Des taxis attendaient devant l’aéroport.

             — Au port ! dit Branquenstein, en s’engouffrant dans l’un d’eux, suivi de ses compagnons.

             — On va faire quoi ? s’enquit Zoé, tandis qu’ils sillonnaient à tombeau ouvert les rues de la capitale.

             Le résurrectologue lui décocha un regard las.

             — Se renseigner du jour et de l’heure d’arrivée du cargo qui transporte les conteneurs, évidemment ! Comment peut-on poser une question aussi stupide ?

             La commanderie du port leur ayant répondu « après-demain soir », ils s’accordèrent deux jours pour visiter la ville. (Ne comptez pas sur moi pour vous la décrire, je ne la connai pas. Mais si vous allez sur Wikipedia, votre curiosité sera amplement satisfaite : http://fr.wikipedia.org/wiki/Doha)

                                                                                                                             (À suivre)



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  • Question existentielle

             Je devais avoir huit ou neuf ans quand une grave question me préoccupa : qu’est-ce qu’il valait mieux, la richesse ou l’amour ? 

             Jusque là, tout était limpide. L’amour, dans les contes de fées, est la valeur suprême ; c’était donc la mienne, par voie de conséquence. Or, dans une BD dont je raffolais (l’adaptation, en sépia et blanc, de contes persans du plus pur style hollywoodien), la belle Aïcha se trouvait face à un dilemme. Un émir et un bandit de grands chemins se disputaient ses faveurs. L’émir était moche mais lui offrait tout ce dont elle pouvait rêver : palais, bijoux, esclaves, jardins débordant des fleurs les plus rares, écuries remplies de purs-sangs fougueux. Le bandit, en revanche, faisait battre son cœur...

             Qui aurais-je élu, moi, à la place d’Aïcha ? Le barbon bourré aux as ou le séduisant gredin ? Impossible de me décider : tantôt je penchais pour l’un, tantôt je penchais pour l’autre. Après mûre réflexion, je demandai conseil à ma cousine Francette, de sept ans mon aînée.

             — L’émir, répondit-elle sans hésiter.

             Et de développer, avec force arguments, les raisons de son choix. Une existence dorée était, selon elle, mille fois préférable à une vie de misère, fut-ce dans les bras d’un beau brigand.

             — L’amour passe, le fric reste, conclut-elle. Et puis, tu imagines ? Tes enfants seront des princes, pas des va-nu-pieds !

             J’avoue avoir été bluffée par son bon sens. C’était quelqu’un, ma cousine !

             — Bon, d’accord, je vais épouser l’émir, finis-je par admettre. Mais je le regretterai peut-être...

             — Ça m’étonnerait ! Tu sais, quand on a goûté au luxe, on ne peut plus s’en passer. 

             Elle se trompait. Sitôt mariée, je m’enfuis du palais pour suivre le bandit. Sous mes dehors planplans, faut croire que j’étais une aventurière. En imagination, du moins... 

     


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  •    Episode 90

            Résumé des chapitres précédents : Le docteur Branquenstein veut réserver trois place sur un vol pour le Qatar, afin de court-circuiter la cargaison de sperme en provenance de la BNS. 

            

             — Et le passeport ? dit Zoé, pragmatique. Je vous rappelle que Chouchou n’a pas d’existence légale.

             Le chirurgien émit un gloussement discret.

             — Pour ça, pas de problème : j’ai récemment ressuscité un faussaire de génie, mort d’un arrêt cardiaque dans une rafle de police. Il m’est très reconnaissant de lui avoir rendu la vie. Un simple coup de fil et il nous tirera d’affaire.

             Joignant le geste à la parole, il décrocha son téléphone, parlementa quelques instants.

             — C’est dans la poche, annonça-t-il en raccrochant. Il nous fait ça dans la journée. Ce soir, nous serons dans l’avion.

             Cette petite escapade paraissait l’enchanter. Un peu comme un départ en vacances, une cassure dans son existence routinière de resurrectologue.

             — OK, admit Zoé. Je rentre chez moi préparer mes bagages. On se retrouve où et quand ?

             Tout en parlant, Branquenstein pianotait sur son ordinateur.

             — Il y a un vol à vingt-deux heures par Saoudair. C’est une bonne compagnie. Disons vingt heures à Charles de Gaulle, ça vous convient ?

             Zoé, un peu étourdie par la rapidité des événement, opina. En fin de compte, se faire prendre en charge n’était pas foncièrement désagréable.

             — S’il y avait un contretemps, changement d’horaire, annulation ou autre, je vous avertirais dans la journée, conclut le chirurgien en lui ouvrant la porte. Sinon, à tout à l’heure ?

             — OK.

             L’instant d’après, Zoé retraversait le bois de Boulogne, grouillant de monde à cette heure de la nuit. 

                                                                                                                                  (A suivre)

     

     


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