•       Episode 28

       Résumé des épisodes précédents : Avec l’aval des autorités compétentes, Anatole Youplala a décidé de vidanger les deux mille tonnes de sperme corrompu dans la mer. Il charge nos héros de cette délicate mission.

     

             — À votre service, patron ! claironna Ruth Prout, qui n’était pas fâchée de retrouver la position verticale, après ces longues semaines de langueurs amoureuses.

             Dix minutes plus tard, elle grimpait dans son camion, suivie de ses acolytes.

             Le trajet fut très gai. Le vidangeage du silo également. La happy end qui se profilait à l’horizon emplissait de joie le cœur de nos trois héros. La satisfaction du devoir accompli, ça s’appelle.

             Au coucher du soleil, ils atteignirent la mer avec leur cargaison.

             — Tout est bien qui finit bien, déclara Sire Concis, en immergeant le tuyau au creux des vagues. D’ici quelques instants, les choses seront rentrées dans l’ordre...

             — Et non « dans les ordres », ce qui vaut mieux pour elles, pouffa Ruth, qui, en plus d’être fermière, veuve et amoureuse, était également anticléricale et adepte des jeux de mots foireux.

             Quand la citerne du camion eut craché ses dernières gouttes, ils reprirent la route en sens inverse. La nuit enveloppait le paysage de son grand manteau noir, piqueté d’étoiles. Et la lune, en se reflétant sur l’immensité obscure des flots, semblait un projecteur de théâtre éclairant une scène où tombait le rideau, après le dernier acte. 

             Le dernier acte, vraiment ?

             Vous croyez ça, vous ?

             Laissez-moi doucement rigoler...

                                                                                                                                           (à suivre)


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  • Le parfum

      C’était l’été, à Paris. Pour lutter contre les moustiques, une copine m’avait conseillé l’extrait de citronelle. «  Tu gardes le flacon ouvert toute la nuit, sur ta table de chevet, et tu ne seras pas piquée », m’avait-elle assuré. C’était assez efficace, je dois dire.

             Manque de bol, le matin, en tâtonnant à la recherche de mes lunettes, j’en renverse un peu sur mes vêtements.

             Pas le temps de me changer, je suis déjà en retard. Au pas de course, je m’engouffre dans le métro, sans réaliser que je répands à foison d’entêtants — et exécrable — effluves.

             Le métro est plein à craquer. Cependant, peu à peu, le vide se fait autour de moi. Les usagers flairent avec suspicion, puis refluent en masse vers l’arrière de la rame. Et les réflexions fusent :

             — Qu’est-ce qu’ils utilisent comme désinfectants, à la RATP ?

             — Ça fout la gerbe !

             — Je suffoque !

             — Je vais tourner de l’œil !

           À la station suivante, tout le monde descend chercher refuge dans les compartiments voisins. Et le manège recommence avec les nouveaux venus.

             Au boulot, pareil. On incrimine la femme de ménage, et une collègue remarque, en pénétrant dans mon bureau :

             — Oh, ma pauvre, elle a renversé son « Monsieur Propre » sur ta moquette ou quoi ? Comment peux-tu bosser dans une telle puanteur ?        

             Par bonheur, personne ne m’a soupçonnée. Le désinfectant, c’est assez peu usité, comme parfum, chez les quadragénaires. Mais mon égo en a quand même pris un coup. Durant une journée, j’ai bel et bien été « celle qu’on ne peut pas sentir ! »


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  • Episode 27

       Résumé des chapitres précédents : Aurore Audoigtdefée a décidé de porter la burka. À tous les coups, cette tenue va allécher de nouveaux clients ! N’est-ce pas un bon plan pour renflouer la banque ?

     

             Aurore disait vrai. Dès le lendemain, elle se pointa au travail recouverte d’un tissu noir et les yeux grillagés.

             Bien que heurté dans ses convictions profondes, Anatole Youplala ne pipa mot. Depuis longtemps, il espérait draîner vers son établissement les pensionnaires du foyer Sonacotra voisin ; n’était-ce pas l’occasion rêvée ?

             — Si je mettais un panneau « ici, trayeuse hallal » sur la porte ? suggéra-t-il à Zoé.

             Cette dernière l’en dissuada.

             —Pourquoi nous compromettre dans une polémique aussi tendancieuse que stérile ? dit-elle sentencieusement. Le bouche à oreille jouera en notre faveur.

             Elle ne se trompait pas. Dans les mois qui suivirent, le nombre de clients augmenta de manière sensible. Aurore fit des heures sup’ et le directeur de la BNS se fotta les mains.

             Mais revenons à ce qui nous préoccupe, à savoir les deux mille tonnes de sperme stockées dans le silo de Ruth Prout.  Après mûre réflexion, Anatole Youplala convoqua nos amis et leur annonça :

             — La NASA, c’est naze. Impossible de les joindre, même par téléphone. Mais j’ai une autre solution : nous allons tout déverser dans la mer.

             À ces mots, Zoé sa cabra.

             — Ça va pas, la tête ? Vous voulez provoquer une marée blanche, ou quoi ?

             Son patron la fit taire d’un geste.

             — Je n’agis pas à la légère, rassurez-vous. J’ai une autorisation en bonne et due forme du Ministère de l’Environnement. Après enquête, toutes les instances concernées ont rendu un verdict unanime : cette matière est biodégradable et non polluante. De plus, selon l’étude menée par le professeur Frankenloloche, qui fait autorité en la matière, c’est un excellent engrais pour les fonds sous-marins.

             Zoé et Sire Concis se consultèrent des yeux.

             — Dans ce cas...

             — Puis-je vous confier cette délicate mission, mes amis ? s’enquit le directeur.

                                                                                                                                          (à suivre)



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  • La dame qui aimait les animaux morts

      Un matin d’hiver, dans le métro parisien. Mélanie, six ans, sort de sa poche un cadavre de moineau en état de décomposition avancée. Je manque de m’étrangler.         

             — Qu’est-ce que que cette horreur ?

             — Un pauvre petit oiseau qui avait froid, dans la neige, me répond-elle, avec un sourire craquant.

             Je le lui arrache des mains — mais qu’en faire ? Descendre à la station suivante pour le jeter à une poubelle ? Impossible : c’est l’heure de pointe et le flux de voyageurs nous coince sur la plate-forme. En plus, ça ferait de la peine à Mélanie...

             Monte une dame en manteau de fourrure qui se place juste devant nous.

             — Ton oiseau sera mieux dans sa poche à elle, chuchotai-je à ma fille, en y glissant discrètement le cadavre. Elle adore les animaux morts ! 


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