• Episode 35

      Résumé des chapitres précédents : Zoé vient de surprendre le secret d’Aurore : elle convoque ses patients à un mystérieux rendez-vous. Aurions-nous par hasard affaire à une secte ?

     

             «  Le 13 avril, c’est dans 15 jours, calcula Zoé. J’y serai... Pourvu que Ruth et Sire Concis soient rentrés d’ici là ! »

             Ils le furent — comme quoi, il y a un Bon Dieu pour les trayeuses. Ayant découvert, après quelques recherches sur Internet, que la rue Watt se trouvait dans le XIIIème arrondissement de Paris, Zoé les y emmena au jour et à l’heure dits. Afin de n’être pas reconnues, les deux femmes portaient des voiles qui leur cachaient le visage, et Sire Concis dissimulait le sien un masque d’Anonymous.

             Cette rue, couverte par les voies de chemin de fer, était une sorte de vaste tunnel. Aux deux extrémités étaient postés des gardes qui, avant de laisser entrer nos amis, leur dirent ces simples mots :

             — On ne voit bien qu’avec le cœur...

             — L’essentiel est invisible pour les yeux, répondit Zoé sans hésiter.

             — Mais..., murmura Ruth Prout, les yeux arrondis de surprise. C’était... c’était la phrase préférée de mon mari, et... 

             Sa voix se perdit dans le bouhaha de la foule qui se pressaient vers une estrade, garnie d’une table et de deux sièges.

             Et sur ces sièges, qui y avait-il ? Oui, toi, là-bas, au dernier rang.

             Aurore Audoigtdefée, très bien. Et qui encore ? Toi, le grand à lunettes.

             Le Mollah mou. Bravo, vous avez bien suivi.

             Quand dix coups sonnèrent au clocher voisin, il prit la parole.

             — Mes amis, laissez éclater votre joie, dit-il d’une voix caverneuse. L’Élu est parmi nous.

                                                                                                                                  (à suivre)

     


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  • Pierre

      Au cours d’un de ses séjours chez nous, maman, tourmentée par notre athéisme recurrent, décide de prendre les choses en main. Elle expose la situation au curé de la paroisse, un dénommé Pierre, ma foi fort sympathique. À sa demande, il se présente chez nous et nous explique avec diplomatie que bon, si on ne croit pas en Dieu, no problemo : sa visite n’est pas professionnelle mais amicale. Dans ce cas... On l’invite à boire un p’tit coup, ce qu’il accepte sans hésiter.

             — J’ai passé un fort agréable moment, nous dit-il en s’en allant.

             — Reviens quand tu veux, lui répondons-nous.

             Il ne s’en prive pas. Une amitié naît — sans que, par un accord tacite, la question religieuse soit jamais abordée. Pierre est un joyeux drille, il aime rire, plaisanter. Nos idées politiques se rejoignent. Bref, en dépit de sa soutane (que, d’ailleurs, il ne porte jamais), nous sommes sur la même longueur d’ondes.

             Cette agréable relation durera plusieurs années.

             Jusqu’à ce que Pierre fasse des avances à Olivier, âgé de douze ans.

             Avances qui marqueront notre fils à vie, et dont il narrera les péripéties dans son album Pourquoi j’ai tué Pierre, illustré par Alfred.

             En tentant de nous remettre dans le droit chemin, ma sainte femme de mère n’avait pas prévu ça.

     

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    Extrait de l'album "Pourquoi j'ai tué Pierre", d'Olivier Ka et Alfred, paru aux éditions Delcourt.


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  • Un ami libraire vient de m'envoyer ce document. Il émane des éditions Nathan. Le service "promotion" a mis toute la gomme, pour annoncer la sortie prochaine de mon album des "Mille et une nuits", illustré par François Roca ! Une pure merveille, que j'attends avec impatience. 

    Mais... il y a un hic. Regardez le nom de l'auteur !559294_3858766762127_397276229_n.jpg


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  • Episode 34

      Résumé des chapitres précédents : Pourquoi le client aveugle a-t-il prononcé cette phrase mystérieuse : « On ne voit bien qu’avec le cœur », en pénétrant dans le cabinet d’Aurore ? Et pourquoi cette dernière lui a-t-elle répondu : « L’essentiel est invisible pour les yeux » ?

     

             «  On dirait un truc appris par cœur, se dit Zoé, perplexe. Qu’est-ce qu’elle fout, Aurore ? Elle donne des cours de théâtre pendant ses heures de travail ? »

             Tout en s’activant, elle tendait l’oreille. La banque, par chance, était mal insonorisée. Les murs, aussi épais que du papier à cigarette (selon l’expression consacrée) laissaient filtrer les sons les plus ténus. Avec un peu d’attention, Zoé perçut donc le départ de l’aveugle et l’accueil du patient suivant.

             Quelle ne fut pas sa surprise d’entendre à nouveau :

             — On ne voit bien qu’avec le cœur...

             — L’essentiel est invisible pour les yeux.

             «  Elle leur fait passer un casting, ou quoi ? À moins que... »

             Un souvenir lointain lui remonta en mémoire. Elle avait lu pas mal d’aventures de Tintin, dans sa jeunesse, et en particulier Les cigares du Pharaon.

             «  ... à moins qu’il s’agisse d’un mot de passe ? Foi de moi, j’en aurai le cœur net ! »

             Elle se munit d’un verre qu’elle colla contre la paroi — ce qui, auditivement, lui donna l’illusion d’être dans la pièce — et attendit que sa collègue accueille le patient suivant.

             Elle ne fut pas déçue.

             Après l’échange de fomules habituelles, Aurore chuchota très vite :

             — Samedi 13 avril, 22 heures, rue Watt.

             Puis plus rien. Le silence, uniquement troublé par la respiration saccadée du patient, qui montait crescendo jusqu’au soupir ultime.

                                                                                                                                      (à suivre)



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  • Les dérives de la grande distribution

          14 juillet 2009. Sur le comptoir du Roc café traîne la Dépêche du jour, qui titre à la une : « Défilé de chars Leclerc sur les Champs-Élysées ».

             — Quoi ?! m’écriai-je en toute bonne-foi. Ils vendent des chars, maintenant, chez Leclerc ? J’y mettrai plus jamais les pieds !

             Je n’ai pas compris l’éclat de rire des copains. Jusqu’à ce qu’ils m’expliquent...

             Bon, d’accord, j’avais sorti une bourde, mais était-ce si idiot ? Matra édite bien des livres pour enfants, sous le label Hachette. Pourquoi un épicier ne vendrait-il pas des chars ?


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