• Épisode 39

       Résumé des chapitres précédents : Bon, retour à la case départ. Sire Concis, Aurore et Ruth se sont évanouis dans la nature, et Zoé se retrouve seule au turbin. À mon avis, va falloir embaucher. 

            

             Hormis les deux stagiaires fournies par pole-emploi, rien de marquant ne se passa dans les mois qui suivirent. Sauf, peut-être, ce titre apparu, un matin, à la une d’un grand quotidien : UNE SIRÈNE AURAIT ÉTÉ APERÇUE DANS LA MER DU NORD.

             «  Quel poisson d’avril idiot », pensa Zoé, en passant devant son kiosque habituel.

             En fait, ce n’en était pas un (d’ailleurs, nous étions les 24 juin NDLA), comme le confirmèrent, plus tard, l’ensemble de la presse, la radio, la télé et les consommateurs des Bons Amis. Des marins avaient bel et bien vu, flottant au gré des vagues, une créature sortie tout droit de l’Odyssée. L’un d’eux l’avait même photographiée avec son téléphone portable. Bien que de très mauvaise qualité, le cliché fut vendu à prix d’or aux journaux. On y discernait, floutée par les embruns, ce qui semblait, en effet, être une femme à queue de poisson... 

             Le phénomène, aussitôt, passionna l’opinion publique. Tous les médias s’en emparèrent. Il y eut des interviews de scientifiques, des débats, des conférences ; des affrontements verbaux ; des déclarations fracassantes, des dénégations hystériques. Les plages belges et normandes, boudées d’ordinaire par les vacanciers, furent envahies de curieux, ce qui enchanta les professionnels du tourisme. Et des images de sirènes, truquées pour la plupart, saturèrent la toile.

             La chose, à la longue, intrigua Zoé. De sorte qu’elle décida de se rendre sur place. Le temps était radieux, et un petit week-end vivifiant la tentait. Histoire de se requinquer après le boulot, voyez ?

                                                                                                                                    (A suivre)


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  • Fruits de mer

      Un soir, notre copine Evelyne nous annonce :

             — Je viens de récolter une herbe délicieuse. Ça vous dit de la goûter ?

             Poliment, nous refusons : Sylvain est non fumeur, et j’ai, pour ma part, arrêté ces enfantillages depuis belle lurette.

             — Qu’à cela ne tienne, répond Evelyne, je vais préparer un space-flan dont vous me direz des nouvelles !

             Si c’est comme ça, ça va.

             Après le repas, nous grignotons tous trois le délicieux dessert. Manque de bol, Evelyne, fumeuse invétérée, l’a surdosé. Après quelques heures d’ingestion, on commence à se sentir mal, très mal. Mauvais trip, vomissements, crise d’angoisse...

             Devant notre état aussi extrême qu’imprévisible, Evelyne,  paniquée, appelle les pompiers.

             — On a mangé du flan aromatisé au cannabis, leur avoue-t-elle.

             Ni une ni deux, ils nous embarquent à l’hôpital — tout en se marrant, vu notre âge. Dans un demi-coma, j’entends même l’un d’eux lancer à son collègue :

             — Monsieur n’est plus tout jeune, mais tu verrais madame !

     

             Par la suite, nous avons prétendu à nos voisins avoir été empoisonnés par les fruits de mer de chez Leclerc, ce qui a dû faire baisser le chiffre d’affaire de ce bon Edouard. Mais l’honneur était sauf !



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  •           Épisode 38

      Hou là là, suite aux révélations de Ruth Prout, il va y avoir de l’eau dans le gaz, à mon avis. Parce que, bon, Sire Concis vient d’en prendre plein sa tronche !

     

             À ces mots, le dragon atterrit en catastrophe.

             — Barrez-vous, les filles, dit-il d’une voix blanche.

             — Mais..., protesta Zoé.

             — Barrez-vous, je vous dis ! Je ne veux plus jamais vous voir, ni l’une ni l’autre. 

             Les ayant débarquées en plein Quartier Latin, il s’envola à tire d’ailes.

             — Où vas-tu ? lui cria Zoé.

             — Cacher ma honte et ma douleur là où nul ne me retrouvera jamais !

             — Bravo, beau travail ! dit Zoé à Ruth. Tu peux être fière de toi !

             L’autre ne répondit pas. Tête basse, elle s’éloignait le long des rues obscures. Bientôt, l’ombre l’avala. 

             «  Bon, ben me voilà seule pour combattre les Forces des Ténèbres », pensa Zoé, en reprenant, la mort dans l’âme, le chemin de son domicile.

             Et seule également — elle s’en rendit compte le lendemain matin — pour assurer toute la production de la BNS. Car ni Aurore, ni Ruth ne se présentèrent au travail.

             Pas plus, d’ailleurs, que le Mollah Mou et les adeptes de sa secte. Après le scandale de la veille, ils se planquaient. Logique...                                                                                               (à suivre)


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  • Une très belle critique de "Mémoires d'une aveugle" dans la revue Phénix, de Marc Bailly. Merci, madame Phénix !

    http://www.phenixweb.net/DUGUEL-Anne-Memoires-d-une-aveugle

    memoiresaveugle01


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  • Bas de laine

          Mon père n’aimait pas les banques. En bon épargnant d’avant-guerre, il gardait ses sous à portée de main, loin des spéculations de la haute finance. De sorte qu’à sa mort, j’héritai d’un somme rondelette en liquide. 

             Se posa alors la question : j’en fais quoi ? (en attendant de la dépenser, je veux dire). La déposer sur mon livret de caisse d’Epargne ? Non, je ne pouvais pas faire ça à papa. La conserver chez moi ? Était-ce bien prudent ? Les cambrioleurs connaissent toutes les combines. Ils vident les tiroirs, éventrent les matelas, soulèvent les lattes du plancher... À cette perspective, je frissonnais d’horreur.

      Bref, moi qui, n’ayant rien à voler, avais toujours vécu les portes ouvertes, je commençai à me barricader. Et, tel le savetier de la fable, je découvris les affres de la parano. L’inquiétude me réveilla la nuit ; je n’osai plus m’absenter, convaincue que des hordes de malfrats, ayant reniflé l’odeur du pognon, rôdaient autour de mon appartement, la bave aux lèvres...

    C’était positivement infernal.

    Par bonheur, tout problème a sa solution. Celle-ci m’apparut un matin, lumineuse. J’avais une vidéothèque remplie à craquer. Or, où est-on mieux planqué que dans la foule ?

    Ni une ni deux, je sortis cinq boitiers au hasard et en virai le contenu que je remplacai par des billets de banque. Puis, sûre d’avoir trouvé LA cachette idéale, je me remis à vivre peinarde, comme avant. En prétant mes DVD à n’importe qui, entre autres...

    Sylvain, mis au courant de mon idée géniale quelques semaines plus tard, ne la trouva pas géniale du tout. Sur ses conseils, je partis à la recherche des cinq boitiers-tirelires, disséminés un peu partout dans l’étagère, et n’en retrouvai que quatre. L’un d’eux — « L’Age de glace », pour être précis — avait disparu. Où ? Quand ? Comment ? Mystère.

    J’ai tout retourné dix fois, vingt fois, en vain. Ça m’a pris la tête durant une bonne semaine, et puis bon, je me suis dit que la leçon valait bien un fromage. Et j’ai racheté un boitier vierge pour « L’Age de glace ». 


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