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                                                LES CAPRICES DE MARIANNE

     

             —Dire qu’ils paient leur obstination avec nos impôts, ces tas de glands ! explose mémé Georgette.

             — De quoi tu parles, mémé ?

             — De l’affaire Guilherme Auka-Hazanga.

             — Le sans-papiers qui s’est tartiné de merde pour pas être expulsé ?

             — Lui-même. Un Angolais marié à une Française, père de quatre enfants, et vivant à Lyon depuis huit ans. Les autorités (brrr, le vilain mot !) font preuve, à son encontre, d’un acharnement proprement scandaleux.

             — Pourquoi ?

             — Mystère. Un caprice de l’administration, je suppose. Ou des représailles. Refuser d’abandonner sa famille lorsque la préfecture du Rhône veut vous y contraindre est un crime de lèse-majesté... Arrestation musclée, passage à tabac, tribunaux, prison, camp de rétention, le pauvre Guilherme a eu droit à tout. Mais il a tenu bon : sa femme est malade, ses mômes ont besoin de lui, sa vie est ici. Du coup, les parents d’élèves de l’école Gilbert-Dru, où sont scolarisés les gosses, puis le RESF (Réseau éducation sans frontières), et enfin quelques milliers de citoyens dont plusieurs élus, se sont mobilisés pour empêcher son explusion. Et c’est là que l’histoire devient rocambolesque.

             — Ah ?

             — Le préfet, refusant tout compromis en dépit de l’avalanche de courriers, e-mails, fax et pétitions en sa faveur, veut le virer coûte que coûte (!). Il brouille les pistes pour se débarrasser du comité de défense. Bâillonné et ligoté de la tête aux pieds, le malheureux Guilherme est conduit jusqu’à Bron où on l’embarque dans un avion privé, escorté d’un hélicoptère. Cet avion l’emmène au Bourget où l’attendent six voitures de polices et une trentaine de CRS. Un déploiement de forces digne d’un parrain de la mafia ou d’un grand criminel de guerre !

             — Bonjour la note !

             —Tu m’étonnes ! Un gouffre à fric, leur petite plaisanterie ! Et ce n’est pas tout : au Bourget, on le trimbale tout saucissonné jusqu’au vol Air France pour Luanda où le commandant de bord refuse de l’embarquer. Il ne veut pas d’un passager sous la contrainte. Les flics, bien emmerdés, se retrouvent comme des cons avec le « paquet » sur les bras...

             — Et comment ça se termine ?

             — Bien, pour une fois. Du moins, provisoirement. Devant l’impossiblité matérielle de l’expulser, le préfet le libère, tout en précisant qu’il reste en situation irrégulière, et donc à la merci d’une nouvelle arrestation... Voilà, ma chère petite, comment on traite les gens, au pays des droits de l’homme !

             — Y a pas de quoi être fier !

             — Je ne te le fais pas dire ! 


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  • Suite à la demande de plusieurs classes, concernant la genèse de "La vie à reculons" (Hachette, livre de poche jeunesse) j'ai écrit ce petit texte qui répond — du moins, je l'espère — aux questions des lecteurs.

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    Ce n’est pas par hasard qu’un auteur aborde un thème douloureux, dans un livre. C’est souvent parce qu’il se sent directement concerné, à travers son propre vécu ou celui d’un de ses proches. Le SIDA m’a interpellée, dès le début des années 80, en la personne de mon meilleur ami, qui a découvert sa séropositivité à une époque où le VIH était encore très peu connu. Les rumeurs les plus fantaisistes couraient sur le mode de transmission du virus, ses remèdes et ses effets. On pensait que boire dans le même verre qu’un séropositif — ou même lui serrer la main, l’embrasser, lui parler de trop près, etc —  étaient des facteurs de contamination. Mon ami, qui se nommait Alain, a vu, de la sorte, ses copains, ses collègues de travail, ses voisins, le fuir « comme la peste ». M’étant personnellement renseignée auprès d’un médecin spécialisé des risques qu’il nous faisait encourrir, à moi, mon mari et surtout notre fille de dix ans, j’ai décidé d’écrire un livre pour dénoncer les idées fausses qui couraient sur cette maladie, et provoquaient l’exclusion de ceux qui en étaient atteints. Par l’intermédiaire du médecin que j’avais consulté, j’ai fait la connaissance d’un garçon de 15 ans, prénommé Ludo, qui m’a raconté sa déplorable expérience d’élève séropositif en milieu scolaire. J’ai repris certaines de ses confidences dans mon livre (l’épisode de la piscine, entre autres).

    À l’époque où j’ai écrit « La vie à reculons », ma fille Mélanie venait d’entrer en quatrième. Après en avoir discuté avec elle — et avec son accord —, j’ai situé l’histoire dans sa classe. J’ai donc pris quelques-uns de ses copains comme personnages. Thomas, en revanche, a été créé de toute pièce, mais certaines de ses réactions se rapprochent de celles de Ludo. Elsa, quant à elle, est une jeune fille que je rencontrais tous les matin sur le quai du métro, en allant au travail. Je ne lui ai jamais parlé. Elle ignorera toujours que j’ai « capturé » son image pour la mettre dans mon roman. Le décor aussi est authentique : c’est le quartier périphérique de Paris où nous vivions, à cette époque. C’est sans doute en partie grâce à ça que « La vie à reculons » est en prise sur le réel. J’y décris des événements qui, bien qu’étant de la pure fiction, se rapprochent de la « chronique de vie ». (Je vous rassure tout de suite : les voyous, eux, sont complètement imaginaires !)

    J’ajouterai que les ados qui m’on servi de modèles étaient très excités, pendant la rédaction du livre. Ils se demandaient de quelle manière j’allais les mettre en scène. Lorsque le roman est paru, je leur en ai offert un exemplaire à chacun. La plupart d’entre eux se sont sentis flattés, ou, en tout cas, se sont reconnus. La seule à protester fut ma fille, qui n’aimait pas la Mélanie ragoteuse qu’elle incarnait. Je lui ai expliqué qu’il s’agissait d’un rôle, comme celui joué par n’importe quel acteur, et pour la consoler, j’en ai fait l’héroïne de mon roman suivant, « L’envers du décor », où elle incarne une fille super-sympa.

    Aujourd’hui, « La vie à reculons » a vieilli. On a fait de grands progrès au niveau de l’information, et il existe des remèdes contre le SIDA. Avec le recul, les réactions hostiles de l’entourage de Thomas semblent excessives, et c’est tant mieux. Ça signifie que, à ce point de vue du moins, notre société a évolué dans le bon sens.

    Quant à Alain, qui est à l’origine du livre, bien que sous trithérapie depuis plus de vingt ans, il se porte comme un charme. Et j’ai régulièrement des nouvelles de Ludo par sa mère. Il vit aujourd’hui à la Martinique, est marié, et a adopté trois enfants.

     

    Traduction en Thaïlandais (communiqué de presse)

    La vie à reculons de Gudule vient d’être traduit en thai. Ce livre pour adolescents publié en 1999 aux éditions Hachette Jeunesse raconte la difficile vie d’un adolescent, Thomas, devenu séropositif après une transfusion sanguine. Lorsqu’il tombe amoureux d’Elsa, Thomas ne se doute pas que son secret va être révélé aux parents de la jeune fille et par là même à toute son école. Se heurtant au mépris ou à la pitié de ses camarades d’école et de certains de ses professeurs, Thoma décide de se battre pour son amour et sa vie.

    La traduction en thaï a été publiée par les éditions Bliss, en coopération avec la Dhamrongchaitham Foundation for Enhancing the Education Status of Children, laquelle a fait don du livre à chacune des 12.500 écoles thaïlandaises.


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